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Le plan de prévention et d'urgence en cas de sinistre

Dignard, Carole et David Tremain, en collaboration avec Deborah Stewart, ICC, 1995. Conservation préventive dans les musée. Manuel d'accompagnement, pages 69 à 76.

Le 2 janvier 1982, un incendie se déclare dans le dépôt d'archives de l'université Concordia à Montréal. Les étages supérieurs de l'édifice sont complètement ravagés par les flammes. Des millions de documents entreposés aux étages inférieurs sont endommagés par l'eau des boyaux d'incendie ainsi que par la fumée.

Le 30 août 1988, des locaux du Séminaire de Québec prennent feu. L'eau s'infiltre dans les réserves du Musée et cause des dommages à des centaines d'objets, dont une collection d'oiseaux naturalisés. Une partie de la collection archéologique de l'Université Laval subit aussi des dégâts importants. Le 4 juillet 1990, un tuyau de plomberie se rompt au quatrième étage des Archives nationales du Canada, à Ottawa, inondant des livres anciens et une précieuse collection d'atlas et de cartes qui se trouvaient aux étages inférieurs

Chaque année, dans tous les pays, des milliers d'objets de musée, d'œuvres d'art, de livres et de documents d'archives sont endommagés à la suite de sinistres. Un incendie peut carboniser les objets ou les recouvrir d'une couche de suie. L'eau utilisée pour combattre un incendie est projetée à haute pression, causant des dégâts physiques considérables. L'eau en contact avec les objets provoque aussi des gondolages, des rétrécissements, des taches, des bavures de colorants et de la corrosion. Ces dommages peuvent survenir également à la suite d'une inondation ou d'une fuite d'eau.

Les objets souffrent parfois davantage des mauvaises conditions dans lesquelles ils sont maintenus après un sinistre, que du sinistre lui-même. Par exemple, des objets mouillés peuvent se déformer en séchant, ou peuvent déteindre et tacher d'autres objets. Des moisissures peuvent croître sur des objets organiques humides comme les textiles, le papier, le cuir et le bois. On dispose de moins de 48 heures pour éviter ce fléau.

Certains sinistres sont d'origine naturelle, comme les inondations, les tornades et les tremblements de terre. D'autres sont d'origine humaine, comme les fuites d'eau et les feux causés par des installations électriques, et ils peuvent être évités. Par exemple, de nombreux incendies se déclarent pendant ou immédiatement après des travaux de réfection d'un bâtiment.

Une bonne planification permet de prévenir les sinistres d'origine humaine. Si le sinistre est inévitable, cette même planification permet de réagir rapidement et efficacement afin d'en limiter les dégâts. On évite ainsi des décisions hâtives pouvant s'avérer regrettables ou coûteuses. Une collection frappée par un sinistre est une perte culturelle trop tragique pour ne pas envisager la mise au point d'un plan de prévention et d'urgence.

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Préparation d'un plan de prévention et d'urgence

Le plan doit couvrir les trois moments du sinistre :

  • avant, lorsqu'on procède à la prévention et à la planification
  • pendant, lorsqu'on rassemble l'équipe de sauvetage et qu'on récupère les œuvres
  • et après, lorsqu'on fait le bilan des opérations.

Il faut désigner une personne responsable du plan de prévention et d'urgence. Elle dirige une équipe chargée de mettre au point un plan bien adapté à l'établissement.

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Avant le sinistre : prévention et planification

Évaluation des risques

L'équipe commence par évaluer les risques inhérents à l'édifice et à la collection. La région est-elle sujette aux tornades, aux pluies diluviennes ou aux séismes?

Les matériaux de construction de l'édifice sont-ils inflammables? Des immeubles construits en bois présentent des risques élevés d'incendie. Les produits d'entretien inflammables sont-ils utilisés avec précaution et sont-ils rangés et jetés à la poubelle selon les recommandation sen matière de sûreté?

Y a-t-il des objets dangereux dans la collection : des armes à feu chargées, des boîtes à poudre de fusil, des lampes contenant de l'huile, des pellicules cinématographiques en nitrocellulose? Des activités à risque, comme des travaux de soudure, ont-elles lieu dans l'édifice? L'établissement a-t-il un foyer ou un poêle à bois qu'on allume parfois?

Connaissance de l'édifice

Demander au chef des services d'incendie de faire une inspection des lieux, afin d'identifier les problèmes et de suggérer les meilleures mesures de prévention. Il faut se familiariser avec le système de détection et d'extinction d'incendie. Par exemple, les soupapes des gicleurs automatiques sont-elles en évidence et faciles d'accès? Quels types d'extincteurs manuels sont en place? Où se trouvent-ils et sait-on les utiliser? Sont-ils vérifiés régulièrement?

Les pompiers se font un plaisir de tester l'efficacité du système de prévention d'incendie. Il faut faire vérifier l'état du système de chauffage et du système électrique. Éviter les surcharges. Faire vérifier sans délai les appareils branchés sur un circuit dont le fusible a sauté.

Une bonne connaissance de l'édifice est essentielle pour prévenir les sinistres et sinon, pour en réduire les dégâts. Certaines réserves sont-elles difficiles d'accès, ou sujettes à des fuites d'eau ou des inondation, comme peut l'être par exemple une réserve située au sous-sol? Il faut apprendre à distinguer les diverses alarmes dans l'édifice : feu, vol et panne d'ascenseur. Il faut aussi se familiariser avec les installations du bâtiment. Par exemple, sait-on où et comment couper l'alimentation en eau, en gaz et en électricité?

Entretien et inspections

L'entretien et les inspections sont essentiels à la prévention des sinistres. Prévoir une inspection annuelle des édifices et des locaux.

On fait vérifier le toit, les gouttières et les drains, l'étanchéité des fenêtres et tout autre élément structurel qui pourrait causer des problèmes de fuite d'eau ou de moisissures.

On fait aussi vérifier annuellement les systèmes d'alarme contre la fumée, le feu et le vol, les lampes d'urgence, les gicleurs, la plomberie et le système de chauffage.

Quotidiennement, on nettoie les cendriers et on sort les ordures.

Rédaction du plan

Il est impossible de garder en mémoire toutes les opérations d'entretien, d'inspection et de prévention. Il faut nécessairement compiler un aide-mémoire qu'on appelle plan de prévention et d'urgence en cas de sinistre. Que comprend sa rédaction?

D'abord, la compilation la plus exhaustive possible de tous les plans utiles, en soulignant l'emplacement des interrupteurs : courant électrique, alimentation en eau, gaz naturel, gicleurs, alarmes, chauffage, climatisation.

Il faut rédiger la liste de toutes les opérations à effectuer au cours des inspections et établir un calendrier d'inspection.

On doit tenir à jour un organigramme du personnel et une liste des employés avec leurs numéros de téléphone.

Il faut dresser une liste téléphonique de divers services d'urgence : compagnies de nettoyage d'édifices, restaurateurs privés, électricien, plombier, menuisier, compagnie spécialisée en réfrigération ou en séchage à froid. Mettre la liste à jour chaque année. S'assurer de mettre en évidence les numéros de téléphone de la police, des pompiers et des ambulances.

Y joindre aussi une liste de l'équipement et du matériel nécessaires en cas de sinistre et spécifier où trouver chaque article, par exemple : déshumidificateurs, ventilateurs, aspirateurs d'eau et de déchets humides et sources d'énergie auxiliaires.

Préparer un coffre de matériel d'urgence comprenant : seaux, éponges, serpillières, papier buvard, papier d'emballage, feuilles de polyéthylène et ainsi de suite. Le coffre monté sur des roulettes ne doit être utilisé qu'en cas de sinistre. Repérer dans la municipalité des espaces temporaires de travail pour l'entreposage des œuvres et pour leur séchage : un gymnase, un centre communautaire, une patinoire, par exemple.


Rencontrer l'assureur, les pompiers, la police

On doit vérifier auprès de l'assureur si la police d'assurance couvre bien les sinistres d'origine naturelle, ainsi que les frais de sauvetage et de traitement des collections et des prêts. Les frais d'entreposage, la location ou l'achat de matériel d'urgence sont-ils aussi couverts? La prime d'assurance peut être réduite si le musée a identifié et réduit les risques de sinistres.

Il faut montrer le plan d'urgence à l'assureur ainsi qu'au chef de police et au chef de services d'incendie. Leur expliquer les besoins spécifiques de l'établissement et des collections. Souligner l'importance d'avoir immédiatement accès au bâtiment à la suite d'un sinistre pour sauver la collection, sans avoir besoin d'attendre que leurs enquêtes soient terminées. S'informer auprès de la police et des pompiers des procédures d'évacuation de l'édifice.

Œuvres prioritaires

Il faut établir une liste des objets les plus importants et les plus vulnérables et indiquer leur emplacement. Ces œuvres devraient être regroupées dans la pièce la plus sûre de l'établissement. Au cours d'un sinistre, sauver ces œuvres en priorité.

Équipe d'urgence

Une liste du personnel de musées de la région qui sont prêts à participer au sauvetage doit être dressée. À ces personnes expérimentées, on ajoute une brigade de bénévoles, si besoin est. Une pyramide téléphonique est très efficace pour alerter les gens au travail ou à la maison.

Il faut s'acquitter de nombreuses tâches dans les moments suivant immédiatement un sinistre. On assigne donc des tâches d'avance. Par exemple, quelqu'un assure l'évacuation et la sécurité des lieux, pour prévenir le vol et l'entrée des curieux. Une autre personne s'occupe de la documentation photographique des événements. Quelqu'un veille aux installations et aux services mécaniques. Un autre responsable désigne quelles œuvres on doit sauver en premier et comment. Un restaurateur est le mieux qualifié pour cette fonction. Il enseigne aux autres membres de l'équipe comment bien manipuler et transporter les objets, et quelles sont les procédures de séchage. Une personne tient un registre de l'emplacement temporaire des objets au cours du sauvetage. Quelqu'un autorise les dépenses pour le matériel et les services d'urgence.

Avec chaque personne, on s'entend sur une tâche précise qu'elle se sent en mesure d'effectuer pendant le sauvetage et on lui en remet une description par écrit. Il faut aussi nommer des remplaçants.

Le directeur des mesures en cas de sinistre est responsable d'enclencher et de coordonner toutes les opérations d'urgence.

On doit faire approuver le plan de prévention et d'urgence par la direction de l'établissement. Donner une copie du plan au chef des services d'incendies, au chef de police et à l'assureur. Remettre un sommaire du plan à chaque membre de l'équipe de sauvetage, ainsi qu'une description de leurs tâches. Garder des copies du plan ainsi que l'inventaire, les archives essentielles et les plans originaux de l'établissement dans un autre édifice, dans un lieu sûr et facile d'accès.

Chaque année, faire une répétition générale pour mettre en pratique le plan et vérifier son efficacité.

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Pendant le sinistre

Un sinistre vient de frapper l'établissement. Que faut-il faire? On communique d'abord avec les services d'urgence appropriés, et on s'assure de l'évacuation et de la sécurité du public comme de tout le personnel. On applique le plan. On détermine quelles œuvres sont atteintes ou en danger.

On réunit l'équipe et le matériel d'urgence et on organise la documentation écrite et photographique des événements. Ne pas pénétrer dans l'édifice avant d'avoir reçu l'autorisation des personnes responsables de la sécurité.

Si des objets sont brûlés ou recouverts de suie sans être mouillés, les manipuler le moins possible pour éviter d'aggraver leur état. Consulter un restaurateur immédiatement. Même s'ils sont très endommagés, on ne doit se débarrasser d'aucun objet de la collection, ils peuvent être restaurés par la suite.

En présence d'eau ou d'humidité, stabiliser immédiatement les conditions ambiantes pour éviter la croissance de moisissures et d'autres dommages. Éponger les flaques d'eau, enlever les tapis mouillés, installer des ventilateurs et des déshumidificateurs. Si possible, déménager les objets vers d'autres lieux.

Les objets trempés sont plus lourds et plus fragiles que d'habitude. Utiliser des boîtes, des bacs et des plates formes rigides pour les déplacer. Récupérer en premier les œuvres prioritaires, et ensuite les matériaux les plus vulnérables tels que le bois, le papier, les peintures, les textiles, le cuir ainsi que les métaux comme le fer, qui peuvent se corroder rapidement en présence d'humidité.

Au cours des opérations de sauvetage, on cherche à réduire les tensions créées par le poids de l'eau imbibée, les déformations, le gondolage, la dissolution des matériaux solubles comme les colles, les bavures des colorants, la corrosion et la croissance des moisissures. On supporte les objets pour qu'ils gardent leur forme durant le séchage. S'ils sont humides, on sépare les métaux et les objets colorés des autres types d'objets pour éviter les taches. Certains objets – une peinture imbibée d'eau par exemple – ont besoin d'un traitement immédiat.

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Méthodes de séchage

Il y a cinq manières de sécher les objets : à l'air libre, à l'air chaud, en diminuant progressivement l'humidité pour ralentir la vitesse du séchage, en congelant les objets ou en les lyophilisant. La méthode de séchage dépend des objets et de l'étendue des dommages.

En général, le séchage à l'air libre s'emploie pour les objets organiques humides, mais non trempés, comme le papier et les textiles. On étale les objets le plus tôt possible sur une surface propre. On place les livres debout, les pages en éventail. On intercale du papier absorbant entre les pages des publications qui ne peuvent tenir debout.

Les objets de métal, par contre, doivent être épongés et séchés rapidement à l'aide d'un séchoir à air chaud.

Certains matériaux organiques mouillés comme le bois et le cuir doivent être séchés lentement. On peut ralentir la vitesse de séchage en diminuant graduellement l'humidité à laquelle les objets sont exposés ou en couvrant les objets d'une pellicule plastique perforée ou ouverte aux extrémités. La circulation de l'air au moyen de ventilateurs est essentielle pour prévenir la croissance de moisissures. Il faut examiner les objets plusieurs fois par jour pour s'assurer qu'aucune moisissure ne comme à se développer.

La congélation s'emploie pour sécher certains objets imbibés d'eau. Après quelques mois dans un congélateur sans givre, les objets sont normalement secs, et sont moins déformés que s'ils avaient séché à l'air libre. La congélation est aussi utilisée comme mesure d'urgence pour arrêter immédiatement la croissance de moisissures, ou pour remettre le traitement des objets à plus tard, lorsqu'on aura le temps et les ressources pour le faire. Attention, certains objets comme les négatifs sur verre, les objets de cire, les peintures et les sculptures polychromes ne doivent jamais être congelés.

La lyophilisation est un procédé spécial de séchage à froid qui est beaucoup plus rapide que la congélation. Les objets mouillés doivent premièrement être congelés avant d'être lyophilisés. Plusieurs procédés de lyophilisation existent, mais ils ne sont pas tous recommandés pour les objets de musée. Demander conseil auprès d'un restaurateur d'expérience.

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Après le sinistre

Une fois que tout est rentré dans l'ordre, analyser les événements et faire le bilan. Comment le sinistre aurait-il pu être évité ou atténué? Le plan d'urgence était-il utile? Qu'est-ce qui a fonctionné et qu'est-ce qui a été un échec? Comment peut-on améliorer le sauvetage?

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En résumé

Un sinistre d'origine naturelle ou humaine peut frapper l'établissement à n'importe quel moment : les dommages à la collection peuvent être énormes. Un plan de prévention et d'urgence en cas de sinistre permet d'agir pour prévenir certains désastres. Et si un sinistre sévit, le plan permet de réagir rapidement et efficacement pour sauver des œuvres qui autrement auraient pu être perdues. La planification, c'est à chacun d'y voir.


Bibliographie et vidéographie

Date de mise à jour : 16 juin 2016

Gouvernement du Québec, 2021
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