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Le soin du mobilier

Albert, Patrick, 1995 (Révision 2011). Conservation préventive dans les musées. Manuel d'accompagnement, pages 137 à 144.

Les meubles font partie d'un grand nombre de collections de musées. Ils sont parmi les témoins les plus représentatifs de notre passé, des façons de faire et de vivre, des goûts, des usages et des techniques d'autrefois. La conservation préventive demeure le meilleur moyen d'assurer la préservation de ce vaste héritage.

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Meubles de menuiserie et d'ébénisterie

On distingue deux types de construction pour le mobilier ancien: les meubles de menuiserie et les meubles d'ébénisterie. Les premiers sont constitués de pièces de bois massif taillées, assemblées et/ou sculptées. Les meubles d'ébénisterie sont recouverts par des placages collés sur un bâti de bois massif ou de contreplaqué. Ils ont souvent une décoration plus riche, mais leur construction les rend aussi plus sensibles à la détérioration.

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Le meuble, artefact composite

Il n'y a pas que le bois qui entre dans la composition des meubles. Leur construction implique souvent une combinaison de matériaux divers. Sur certains on trouve des éléments métalliques : charnières, sabots, roulettes, poignées et appliques métalliques. D'autres sont garnis et recouverts de textiles ou de cuir. On en trouve avec des dessus en marbre ou des portes vitrées. D'autres encore sont décorés d'ivoire, d'écaille, de nacre ou de porcelaine.

Les meubles plus récents comportent souvent des éléments de plastique ou d'autres matériaux composites tels que le bois aggloméré, des surfaces de stratifié ou une mousse de rembourrage.

On doit aussi porter une attention particulière aux revêtements de surface des meubles : ils peuvent être cirés, huilés, vernis, laqués, dorés, peints ou encore teints. Chacun de ces modes de finition a ses caractéristiques propres et sa façon particulière d'évoluer dans le temps. Les revêtements de surface représentent une composante
Élément, partie, pièce.
composante
essentielle du mobilier, il faut donc les préserver.

Les traces d'utilisation et le vieillissement naturel, qui constituent la patine d'un meuble, témoignent de son emploi et doivent aussi être conservés.

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Propriétés du bois

Chacune des matières composant un meuble peut requérir des soins particuliers. Le bois constitue de loin le matériau de composition le plus important.

Lorsqu'il fait partie d'un arbre vivant, le bois est une matière saturée d'eau. Afin de permettre sa mise en œuvre, le bois est débité et séché. Au cours de ce séchage, il perd une partie importante de son eau. Celle qui reste maintiendra un équilibre permanent avec l'air ambiant. Suivant les variations de l'humidité, le bois perdra ou absorbera de l'eau, ce qui entraînera des retraits et des gonflements. Ce comportement découle de la nature hygroscopique du matériau.

Le bois est aussi anisotrope, c'est-à-dire qu'il se gonfle et se contracte dans des proportions différentes suivant la direction des fibres. Le retrait et le gonflement sont moins importants dans le sens longitudinal que dans le sens transversal, par exemple. Ceci peut causer le cintrage des panneaux, le déchirement des placages ou un jeu à l'endroit des assemblages.

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Le contrôle de l'humidité

Plus les variations de l'humidité relative sont élevées et rapides, plus les dommages risques d'être importants : déformations des bois, fendillements, fentes ou cassure de certaines pièces. Le taux d'humidité affecte aussi les autres matériaux des meubles. Par exemple, certaines colles se dessèchent et perdent leur pouvoir d'adhésion si l'humidité relative est trop basse. Les métaux se corrodent si elle est trop élevée.

On doit essayer de se rapprocher d'un taux humidité relative ambiant entre 35% et 45% en hiver et entre 55% et 65% en été. Toute fluctuation importante doit être étalée sur une longue période afin d'éviter un choc hygrométrique. Il est donc essentiel de contrôler l'humidité relative dans un musée. S'il s'avère impossible de maintenir des conditions de conservation adéquate de façon constante dans l'ensemble du musée, on mettra les meubles les plus fragiles, particulièrement les meubles d'ébénisterie, aux endroits où l'environnement est le plus stable.

Il faut toujours se méfier des fenêtres, des éclairages, de la proximité d'un mur extérieur mal isolé, d'un radiateur, d'une bouche de ventilation. Tous ces facteurs sont propices à la création de microclimats défavorables.

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Le contrôle de la lumière

La lumière affecte le bois, mais son effet est plus important sur certains finis de surface, sur les textiles et les cuirs de rembourrage. En général, on recommande un éclairage aux environs de 150 lux. Toutefois, les pièces comportant des teintures, des marqueteries ou des tissus d'origine sont mieux protégées à 50 lux. Dans certains cas, l'installation de minuteries ou de détecteurs de mouvement permettra de réduire le temps d'exposition à la lumière. On filtre les ultraviolets pour les maintenir sous les 75 microwatts par lumen.

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Le contrôle des insectes

La présence de petits trous sur le bois peut laisser présager des dégâts plus importants sous la surface. Certaines zones peuvent être complètement dévorées par la vrillette, la lycte ou le pou de bois. Un examen minutieux des nouvelles acquisitions permet de les déceler.

Une mise en quarantaine sous scellé permet de vérifier si l'infestation est toujours active et prévient sa propagation à d'autres objets. L'apparition d'une fine poudre de bois dans les petits trous, ou au sol sous le meuble, est l'indication qu'il faut traiter le meuble avant de le remettre en réserve.

L'inspection régulière et minutieuse des réserves et des lieux d'exposition peut révéler l'existence de certains problèmes dus à la présence d'insectes, de rongeurs ou même des moisissures. Procédez immédiatement aux inspections qui s'imposent, les dommages causés étant irréversibles et la propagation rapide.

Éliminez les sources de nourriture de ces parasites et corrigez les conditions propices à leur développement, telles la présence de rebuts, les saletés diverses et une atmosphère très humide. Un taux d'humidité relative supérieur à 70 % favorisera l'apparition des moisissures.

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Le contrôle de la poussière et des polluants

La poussière est partout dans notre environnement et il est impossible de l'éliminer complètement. Ainsi en est-il des polluants atmosphériques qui proviennent de sources diverses. Un entretien régulier et l'installation de housses permettront d'éviter que les surfaces des meubles subissent des dommages dus à ces agents de dégradation.

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La manipulation et le transport

Les principales causes de détérioration des collections de mobilier sont humaines : manipulations maladroites, renversements de liquide, curiosité excessive des visiteurs, vandalisme, utilisation de pièces de collection à des fins utilitaires, restaurations inappropriées. Une politique de gestion des collections les réduira considérablement.

Avant de déplacer un meuble, on doit le sonder doucement afin de s'assurer qu'il peut subir la manœuvre sans se briser. Attention aux zones piquées ou pourries et aux assemblages lâches. Enlevez tout bijou, montre boucle de ceinture, trousseau de clé ou autre accessoire de vêtement qui pourraient égratigner ou marquer les surfaces.

Lorsqu'un meuble ne peut être déplacé sur un chariot, on enlève ses parties démontables et on les identifie soigneusement pour pouvoir les remettre à leur place après le déplacement. On doit bloquer les parties mobiles telles que les portes et les couvercles avec du ruban de coton pour éviter qu'elles ne s'ouvrent ou ne glissent pendant la manœuvre.

Le port des gants n'est pas toujours conseillé. Ceux-ci peuvent parfois glisser si les meubles sont lourds et ont un fini lisse. Il est alors préférable de les manipuler à mains nues. Elles doivent toutefois être propres et sèches. Seuls les meubles dorés et tapissés doivent toujours être manipulés avec des gants de coton antidérapants.

Une pièce de mobilier ne doit jamais être tirée ou poussée sur la plancher. On ne déplace pas un meuble à roulettes en le faisant rouler.

Lorsqu'on doit soulever une pièce, on s'assure d'avoir toute l'aide nécessaire pour le faire sans risque. Tout meuble plus gros ou plus lourd qu'une petite chaise nécessite au moins deux personnes pour son déplacement. Pour un meilleur contrôle, on recommande de s'accroupir plutôt que de se plier pour soulever des objets lourds.

On manipule les meubles par les pièces porteuses. Par exemple, on soulève une chaise par le dessous du siège, jamais par le dossier; une commode par le dessous des traverses inférieures; une table par la ceinture ou les pieds et jamais par le plateau.

Certains équipements peuvent grandement faciliter la manutention. Les meubles lourds ou de grandes dimensions sont placés sur des chariots. Ils peuvent être peu coûteux et faciles à fabriquer avec une pièce de contre-plaqué renforcée à l'emplacement des roulettes. La mise en réserve des meubles sur de tels chariots les isole du plancher et faciliter la réorganisation des collections. À défaut, on les dépose sur des cales de bois ou des sabots de plastique.

Il est important que les roulettes soient de bonne qualité et aient de 10 à 15 centimètres de hauteur. Les roulettes plus petites ne sont pas suffisamment fortes pour porter certains meubles lourds. Deux de ces roulettes sont pivotantes pour faciliter la manœuvre. La plate-forme doit dépasser de 10 à 20 cm les dimensions hors-tout du meuble qu'elle porte, et la hauteur des chariots doit être standardisée pour toute la collection, afin que ce soient les rebords des chariots qui s'entrechoquent entre eux et non les meubles.

On transporte toujours séparément, à la verticale, les plateaux de marbre, de pierre ou de verre pour éviter qu'ils ne se cassent sous leur propre poids ou par l'effet des vibrations. On utilise alors des chariots spéciaux. Certains autres meubles fragiles ont aussi avantage à être transportés et entreposés sur des chariots spéciaux.

Les meubles manipulés sans chariot sont recouverts de couvertures matelassées retenues par des sangles. Cette mesure est particulièrement indiquée si le meuble est lourd et que le parcours à emprunter est difficile ou comporte des escaliers, des virages, des portes ou des couloirs étroits.

L'utilisation de sangles de déménageur peut être d'un grand secours. On veille cependant à bien les caler avec un matériau souple pour éviter d'endommager les surfaces et les arêtes.

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Pose du numéro d'inventaire

La plupart des musées numérotent leurs meubles aux fins d'identification, de classement et d'inventaire. Les estampilles à chaud appliquées sur le bois et les plaquettes vissées sont à rejeter. Une méthode simple et efficace consiste à enduire une surface du meuble de deux couches de vernis à ongles sur lesquelles on inscrit alors lisiblement le numéro à l'encre de chine blanche ou noire. On applique ensuite deux autres couches du même vernis sur le numéro.

Pour faciliter le repérage et limiter les manipulations pendant la mise en réserve, on attache des étiquettes bien en vue.

La standardisation de l'emplacement des numéros pour l'ensemble de la collection facilite la recherche et en limite la manipulation. Il est important d'identifier séparément toutes les parties amovibles d'une même pièce de mobilier. Lorsqu'il n'est pas pratique d'inscrire ce numéro sur une partie cachée du meuble, par exemple pour un miroir lourd adossé à un mur, l'inscription du numéro sur une surface visible est alors acceptable dans la mesure où elle est discrète.

Les meubles entièrement tapissés peuvent être numérotés avec des petites bandes de tissu sur lesquelles on inscrit le numéro. On coud ensuite ces bandes au tissu de recouvrement par un faufilage à l'aiguille.

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Les réserves de mobilier

Les conditions qui prévalent dans les réserves sont aussi importantes que celles qui s'imposent lors de l'exposition, car les meubles y logent souvent plus longtemps. On ne dépose jamais les pièces de mobilier à même un plancher de béton, de pierre ou de terre. L'eau pourrait entraîner un pourrissement des parties en contact. On évite de les placer directement en dessous des conduites d'eau ou près des fenêtres. Si c'est inévitable, on les protègera avec des housses de polyéthylène.

Les chaises et les petits meubles peuvent être rangés sur des étagères métalliques aménagées sur plusieurs niveaux. Ces systèmes, peu coûteux, permettent d'économiser beaucoup d'espace. On ne doit jamais empiler les meubles les uns sur les autres, ou ranger une pièce à l'intérieur d'une autre. On doit les recouvrir de housses pour les protéger de la poussière, des polluants et de la lumière.

Lorsqu'un meuble doit être démonté, on range ensemble toutes ses parties. S'il est abîmé et que des éclats de bois ou de placage s'en détachent, on les identifie et les regroupe en un même endroit. Une note attachée au meuble indiquera l'emplacement des fragments.

On visite régulièrement les réserves. Au cours de ces tournées, on inspecte la collection en vérifiant l'apparition de signes de détérioration : fentes, soulèvements, cernes d'eau, présence d'insectes ou d'autres signes d'infestation. Toute observation est notée dans un cahier de bord réservé à cet usage, puis versée au constat d'état.

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L'entretien du mobilier

De nombreux documents ont été publiés sur l'entretien du mobilier. Il faut être très prudent envers les diverses opinions émises. L'une d'elles est que le bois reste une matière vivante qui respire et qui a besoin d'être nourrie périodiquement avec toutes sortes d'huiles, comme celles de lin, d'abrasin (Tung) ou de citron. Le danger est que certaines sont siccatives et deviennent difficiles à enlever une fois séchées, et que les autres ont tendance à retenir la poussière et à modifier les couleurs des bois.

On doit aussi éviter les produits commerciaux d'entretien. Ils contiennent souvent ces mêmes huiles ou de la silicone, qui laissent des dépôts importants ou encore pénètrent les finis et compromettent leur durabilité. De bonnes conditions d'entreposage et d'exposition réduisent au minimum les besoins d'entretien.

Il suffit de dépoussiérer avec un chiffon de coton doux et propre qu'on humidifie au vaporisateur pour en neutraliser les charges électrostatiques. Seules les pièces ne présentant pas de soulèvements de peinture ou de placage, peuvent être dépoussiérées au chiffon.

Sur les surfaces rembourrées, sculptées ou dorées, on enlève délicatement la poussière avec un pinceau doux et un aspirateur. On recouvre l'embout d'un treillis fin pour recueillir les fragments qui pourraient se détacher. Un morceau de bas de nylon ou d'étamine bien tendu et maintenu par un élastique ou du ruban gommé fait bien l'affaire.

Évitez tout contact de l'embout avec les surfaces du meuble nettoyé. Le pinceau doux permet de soulever la poussière et de la diriger vers l'embout. Pour tout autre nettoyage, on consulte un restaurateur.

Prévoyez diverses barrières pour empêcher les visiteurs de toucher aux pièces exposées. Outre l'utilisation des cordons de circulation, des rubans de couleur placés entre le dossier et le siège signalent l'interdiction de s'asseoir. On peut également installer les meubles hors de portée, sur des socles.

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L'emballage et le transport du mobilier

Les dommages surviennent souvent pendant le transport. On portera beaucoup d'attention à l'emballage et à la mise en caisse. Une politique de prêt permet d'établir quels meubles peuvent voyager et dans quelles conditions. On examine toujours attentivement le meuble avant son départ et on signale toute anomalie au constat d'état.

Pour minimiser le risque de choc hygrothermique, on essaiera de choisir une saison et une journée appropriées, où la température et l'humidité relative se rapprochent le plus possible des conditions dans lesquelles les meubles ont été conservés pendant les dernières semaines.

Avant leur emballage, tous les éléments démontables sont clairement identifiés et des repères de position donnés si nécessaire. Les parties mobiles, comme les dessus en marbre et les tiroirs, sont emballées séparément.

Pour les courts trajets, un emballage mou est généralement suffisant. On le fait à l'aide de couvertures matelassées et propres, doublées d'un polyéthylène scellé.

Lorsque la pièce est fragile, que son périple est long ou qu'elle doit être manipulée par plusieurs personnes, on la met en caisse. Les caisses démontables ou à ouverture latérale sont les plus appropriée. L'intérieur sera doté d'isolant thermique, de butées et d'étais pour immobiliser et supporter l'objet. Tous les contacts seront pourvus d'amortisseurs de chocs.

Le chargement est solidement attaché avec des sangles aux parois du camion et vérifié après quelques kilomètres de route. On conserve les emballages en bon état si les meubles doivent être transportés à nouveau.

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En résumé

De bonnes pratiques en conservation préventive, telles que le contrôle des variations de température et d'humidité, l'inspection régulière et de bonnes habitudes de manutention et de transport aident à préserver l'intégrité des meubles de collections. Elles permettent en outre aux musées de réaliser d'importantes économies en frais de restauration.

Bibliographie et vidéographie

Date de mise à jour : 16 juin 2016

Gouvernement du Québec, 2021
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