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La protection des objets en exposition

Dignard, Carole et Janet Mason, en collaboration avec Stefan Michalski. ICC, 1995. Conservation préventive dans les musées. Manuel d'accompagnement, pages 61 à 68.

Les œuvres en exposition courent-elles le risque de s'abîmer ou de s'altérer? Leur présentation peut-elle compromettre leur préservation? Il est possible d'assurer la protection et la conservation des objets et spécimens durant la planification, l'installation, l'entretien et le démontage d'une exposition.

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Présentation à l'air libre ou dans une vitrine

On peut présenter les objets de musée directement à l'air libre, ou en vitrine. Les peintures et les gros objets comme les meubles et les sculptures sont souvent présentés à l'air libre. La protection de ces objets se fait au niveau de la salle d'exposition ou du milieu environnant l'objet. Cependant, la présentation d'un objet dans une vitrine ou dans un encadrement vitré offre une protection supérieure et permet de créer facilement des conditions d'exposition spécifiques à l'objet.

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Sources de dommages pour les œuvres

Plusieurs sources de dommages menacent les objets en exposition. En les identifiant, on peut ensuite choisir le milieu et les conditions qui protégeront le mieux les objets exposés.

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Vol, vandalisme, manipulations du public

On cherche premièrement à éviter le vol, le vandalisme et les manipulations non autorisées du public. On prévoit la présence de gardiens de sécurité ou de guides, qui sont entraînés pour réagir vite aux événements. Des caméras de surveillance ou des détecteurs installés près des objets peuvent informer rapidement d'une tentative de vol, mais ils n'empêchent ni les vandales de passer aux actes, ni les visiteurs de toucher aux œuvres.

Il faut augmenter le niveau de sécurité des objets de valeur, des objets prisés par les collectionneurs et des œuvres controversées qui peuvent être la cible d'iconoclastes.

Éviter de placer des petits objets à portée de la main ou près des sorties. Une vitrine empêche le public de toucher aux œuvres et ralentit ou dissuade le voleur comme le vandale. Pour une sécurité accrue, on peut construire la vitrine avec des vis antivol et une serrure, et installer un détecteur ponctuel à l'intérieur.

Certains visiteurs sont enclins à toucher et manipuler les œuvres en exposition. Au moment de la conception de l'exposition, on cherche donc à limiter l'accès physique aux œuvres. Les gros objets peuvent être placés dans des endroits où ils seront bien en évidence, mais peu accessibles. Des cordons de sécurité et des voies de circulation limitent – l'accès, tout en permettant l'appréciation des œuvres. Des barrières transparentes offrent aussi une bonne protection. Une délimitation de l'espace agit comme barrière psychologique. On peut aussi poser des affiches. Dans les maisons historiques, les garde-robes, les armoires et les consoles peuvent servir à présenter les œuvres dans leur contexte original, tout en les gardant éloignées du public.

Manipulations par le personnel

Les manipulations inadéquates par le personnel du musée sont une autre source de dommages aux objets. Une séance d'information sur les bonnes techniques de manipulation regroupe tous ceux qui devront participer au montage et au démontage de l'exposition : le conservateur, l'archiviste des collections, les designers, les techniciens, les manutentionnaires et le personnel d'entretien des locaux.

Chocs et vibrations

Les objets en exposition doivent être à l'abri des chocs et des vibrations qui surviennent dans tout musée, et qui sont causés par le fonctionnement des installations mécaniques, par les portes qui se referment, par les personnes qui circulent et par les visiteurs qui s'appuient sur les vitrines. Les vitrines et les présentoirs doivent être résistants, stables et bien fixés au plancher ou au mur. On peut aussi stabiliser leur socle au moyen de briques, de blocs de béton ou de sacs de sable. Les établissements situés près de routes très fréquentées ou dans des régions de haute activités sismique devraient prendre des mesures supplémentaires de protection dans ce sens.

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Support des œuvres

Il est essentiel de soutenir et d'immobiliser un objet instable, fragile, souple ou cassant. Un bon support prévient l'abrasion, les déformations et les bris. Un support peut aussi, au besoin, être un outil de présentation servant à surélever l'objet dans la vitrine ou à le placer dans un angle particulier, mais sa fonction première est toujours de bien soutenir tout le poids de l'objet, sans créer de nouvelles tensions.

Le support d'un objet fragile épouse sa forme et offre une surface matelassée aux endroit de contact. Une grande surface de contact évite les déformations et les bris. On s'assure que l'objet ne risque pas de basculer, car sont assise peut être instable. Si nécessaire, on immobilise l'objet au moyen de crochets ou de fil de pêche qu'on enfile dans un tube de polyéthylène, pour éviter qu'ils n'usent ou ne coupent les surfaces. Les rubans de velcro sont aussi très pratiques.

Ne jamais utiliser d'agrafes, de fil métallique, de punaises ni de clous directement sur les objets : ils causent des dommages permanents comme des trous, des fissures et des taches de corrosion. Les rubans adhésifs, les étiquettes collantes, les colles et les cires ne doivent jamais être utilisés directement sur les œuvres, car ils laissent des taches et endommagent les surfaces.

On utilise des matériaux stables pour la construction des supports : le plexiglas, les panneaux de plastique cannelé, le bois bien scellé, le carton non acide, le carton plume, les mousses de polystyrène ou de polyéthylène, par exemple. Il faut éviter d'utiliser le bois non scellé, le papier et carton acides, la mousse de polyuréthane et le chlorure de polyvinyle (PVC), car ils peuvent causer des dommages aux objets.
Comme matelassure, on utilise du feutre synthétique, du velours, de la bourre de polyester ou des mousses de polyéthylène ou de polypropylène. Il faut prévoir suffisamment de temps pour construire et installer tous les supports avec soin. Cela vaut la peine de consacrer quelques heures à la construction d'un support qui assurera la stabilité de l'objet durant des mois ou des années.

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Accrochage des œuvres encadrées

S'assurer que les peintures et les œuvres encadrées sont solidement accrochées à leur cadre et au mur. Visser deux anneaux de suspension aux montant verticaux du cadre, et les suspendre à deux crochets bien ancrés dans le mur et capables de supporter le poids de l'œuvre. Les anneaux de suspension sont préférables aux pitons à vis car il retombent à plat lorsqu'ils ne servent pas, évitant ainsi le risque de perforer accidentellement des œuvres rangées à proximité dans la réserve. Si l'on doit utiliser du fil métallique, on l'attache bien solidement à deux anneaux vissés aux montants du cadre. On utilise du fil métallique double et de plus gros calibre pour suspendre une grande œuvre.

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Poussière et polluants

Le nettoyage quotidien des locaux est primordial pour réduire la poussière dans les salles d'exposition et pour éviter d'attirer les insectes. Afin de faciliter l'entretien dès la conception de l'exposition, éviter, par exemple, de créer des endroits impossibles à rejoindre avec l'aspirateur, ou des présentoirs ouverts difficiles à nettoyer. Les aliments ne doivent être tolérés ni dans les salles d'exposition ni dans les réserves.

Si le musée est doté d'un système de ventilation, faire changer les filtres régulièrement. Une vitrine étanche empêche une grande partie de la poussière et des polluants de s'y introduire. Il existe aussi des systèmes qui créent une pression positive à l'intérieur des vitrines, ce qui réduit encore plus l'infiltration de la poussière.

Le charbon activé peut être utilisé à l'intérieur d'une vitrine pour absorber divers polluants, dont le soufre responsable du ternissement. Pour qu'il soit efficace, l'étendre sur une grande surface près de l'objet, et le remplacer périodiquement. Pour protéger l'argent, on peut aussi utiliser un tissu inhibiteur de ternissement, que l'on tapisse à l'intérieur de la vitrine. On intercale une feuille de Mylar® ou un autre matériau stable entre l'objet et le tissu.

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Conditions ambiantes

Les fluctuations climatiques provoquent des dommages comme des fissures, des déformations ou de la corrosion. Parmi les objets les plus sensibles, on trouve les meubles plaqués, la marqueterie, les peintures sur panneau de bois, les ivoires, les tambours et les objets composites sous tension.

Éviter de placer les objets près des radiateurs ou des bouches de chauffage. Éviter aussi les fenêtres et les murs extérieurs, car il sont généralement plus humides par temps froid. Avant le montage de l'exposition, on vérifie les conditions ambiantes de la salle au moyen de thermohygrographes. Si elle ne conviennent pas aux exigences posées par les objets à exposer, trois choix sont alors possibles :

  • corriger le climat de la pièce
  • créer un microclimat à l'intérieur des vitrines
  • remplacer les objets par d'autres qui sont moins vulnérables.

Pour améliorer les conditions ambiantes de la salle, on peut utiliser des humidificateurs et des déshumidificateurs. Il existe aussi des systèmes centraux de climatisation spécialement équilibrés qui peuvent être installés en permanence dans l'édifice. Un système de contrôle climatique par modules est une autre possibilité. Une génératrice de microclimat conditionne l'air et le pompe dans des tubes reliés à plusieurs vitrines. Le microclimat créé dans les vitrines est plus facile à régler que le climat de la salle entière. Des petits modules, vendus dans le commerce, peuvent être intégrés dans de grandes vitrines. On peut s'en procurer les plans à l'Institut canadien de conservation. Cependant, tout appareil mécanique nécessite une supervision constante, un avertisseur de panne et une intervention immédiate lorsqu'une panne survient.

Des vitrines et des encadrements vitrés bien étanches sont une façon non mécanique, plus simple, d'améliorer les conditions ambiantes autour d'objets sensibles. Plus la vitrine est étanche, plus elle isole l'objet des variations climatiques de la salle. On peut aussi ajouter dans la vitrine des matériaux tampons comme le gel de silice hydraté ou les produits Artsorb® ou Artengel®. Ces matériaux tampons ont une grande capacité d'absorption d'humidité et donc peuvent être utilisés pour réduire l'effet des grandes fluctuations hygrométriques qui s'étalent sur des jours, des semaines ou des mois.

On peut aussi utiliser ces matériaux pour créer un microclimat complètement différent du taux moyen d'humidité de la salle, par exemple un climat sec pour réduire la corrosion des métaux. Habituellement, on installe ces matériaux dans un compartiment dans le socle de la vitrine. On place le gel de silice dans un bac ou dans des sacs. Pour permettre la circulation de l'air entre le matériau tampon et les œuvres, on place la matériau tampon directement sous un panneau percé de trous.

Pour amortir davantage les fluctuations hygrométriques soudaines et importantes, on recouvre l'intérieur de la vitrine de coton, de lin ou de carton non acide. Ces matériaux sont hygroscopiques et, par conséquent, atténuent les variations brusques.

S'ils servent à créer un microclimat différent de celui de la salle, les matériaux tampons doivent être régénérés une ou deux fois l'an, selon l'étanchéité de la vitrine et la différence entre les deux climats. Un hygromètre placé dans la vitrine indique quand le taux d'humidité a dévié et donc quand le gel de silice doit être régénéré. Un restaurateur peut aider à la conception et à l'entretien de telles vitrines conditionnées.

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Lumière et rayons ultraviolets

(voir aussi La lumière et l'éclairage)

On ne peut éviter d'éclairer les œuvres en expositions, mais on peut retarder les altérations causées par l'éclairage en éliminant les rayons ultraviolets, en réduisant la chaleur émise, les niveaux d'éclairement, ainsi que la durée d'exposition. Les projecteurs sur rails sont très utiles, car ils permettent de modifier facilement le niveau d'éclairement et la direction des faisceaux selon les besoins de l'exposition.

On peut réduire le niveau d'éclairement :
en utilisant moins d'ampoules

  • en éloignant le projecteur
  • en modifiant l'angle de la lumière par rapport à l'œuvre
  • en utilisant des ampoules d'une puissance moindre
  • en utilisant des rhéostats.

L'éclairage intermittent diminue le temps d'exposition à la lumière des œuvres très sensibles.

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Éclairage à l'intérieur d'une vitrine

Des lampes installées directement à l'intérieur des vitrines peuvent endommager gravement les œuvres en les surchauffant et en créant un niveau d'éclairement trop élevé. Si l'on doit éclairer une vitrine de l'intérieur, construire un boîtier d'éclairage bien ventilé et complètement séparé du compartiment par une cloison transparente. Dans ces boîtiers, ne jamais utiliser de lampes à l'halogène ou au tungstène car elles produisent trop de chaleur. Employer plutôt des tubes fluorescents, par exemple des petits tubes de 5 à 13 watts : ils produisent peu de chaleur et rendent bien les couleurs.

Vérifier le niveau de l'éclairement et la quantité d'ultraviolets avec les instruments appropriés. Au besoin, utiliser des écrans solaires gris ou des moustiquaires pour diminuer l'éclairement, ainsi que des filtres ou des diffuseurs qui absorbent les rayons ultraviolets.

Il peut être difficile d'obtenir un éclairage uniforme pour une grande œuvre placées dans une vitrine : la partie plus près de la lampe est souvent trop éclairée. Une solution consiste à bloquer partiellement la lumière à l'aide d'une feuille de métal peinte en noir. On utilise ensuite des miroirs placés en angle pour mieux répartir la lumière.

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Construction d'une vitrine

Une vitrine est faite en trois parties : la partie transparente où se trouve l'œuvre, le socle qui peut comprendre un compartiment pour le gel de silice et le boîtier d'éclairage qui est optionnel.

On peut construire des vitrines en bois ou en métal. Cependant, le bois émet des gaz nocifs qui s'accumulent à l'intérieur d'une vitrine et risquent d'endommager certains objets sensibles aux acides comme les métaux ou les coquillages. On peut quand même construire des vitrines en bois pour ces objets, si on prend soin de sceller les surfaces intérieures avec un pare-vapeur inerte. Par exemple, on colle sur le bois une feuille d'aluminium plastifié avec une spatule chauffante ou un fer, et on recouvre ensuite l'aluminium de tissu ou de carton. Si on désire voir le bois, on le scelle à l'aide d'un vernis au latex (à base de résines acryliques, ou acryliques et uréthannes) qui est aussi un pare-vapeur efficace contre les produits volatils nocifs du bois.

Une vitrine bien étanche offre une meilleure protection contre les fluctuations hygrométriques, les polluants, la poussière et les insectes. L'étanchéité est essentielle lorsqu'on utilise du gel de silice ou du charbon activé. En général, les vitrines vendues dans le commerce ne sont pas suffisamment étanches. Pour construire une vitrine plus étanche, on coupe et on assemble les pièces avec beaucoup de précision et on installe des joints d'étanchéité entre le verre et le socle. Les coupe-froid caoutchoutés en silicone, ainsi que les mousses de polyéthylène sont efficaces, inertes et faciles à poser. L'ouverture doit être minime : une feuille de papier placée dans le joint devrait y rester coincée.

La partie vitrée peut être faite de verre ou de plastique transparent comme le plexiglas. On utilise un agent d'étanchéité pour les joints permanents. Par exemple, si on utilise un agent d'étanchéité à base de silicone, on choisit un produit qui ne dégage pas d'odeur vinaigrée, c'est-à-dire qui n'émet pas d'acide acétique. On doit prévoir au moins deux semaines d'aération avant l'installation des objets.

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En résumé

Beaucoup peut être fait pour protéger les objets en exposition, mais comme aucune mesure n'est à toute épreuve, il faut aussi établir des rondes pour vérifier l'efficacité des mesures préventives. On doit examiner les objets pour déceler des signes précoces de dommages; mesurer et enregistrer les conditions ambiantes de la salle et des vitrines pendant toute la durée de l'exposition; régénérer le gel de silice si l'hygromètre indique que l'humidité n'est plus celle désirée; remplacer régulièrement le charbon activé et les filtres du système de ventilation; veiller à l'entretien des locaux; vérifier régulièrement s'il y a présence d'insectes; s'assurer que les barrières et autres mesures de ce genre suffisent à prévenir les manipulations des objets de la part du public; organiser un cours pour les nouveaux membres du personnel sur les bonnes techniques de manipulation et sur la fabrication de supports et de vitrines. Enfin, on perfectionne l'étanchéité des vitrines si elle ne s'avère pas assez efficace.

La protection des œuvres en exposition dépend beaucoup de l'intérêt, de la formation et de la vigilance du personnel du musée. Leur rôle est très important envers la sauvegarde de notre patrimoine culturel.

Bibliographie et vidéographie

Date de mise à jour : 16 juin 2016

Gouvernement du Québec, 2021
© Gouvernement du Québec, 2021