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Les polluants

Tétreault, Jean et Carole Dignard, ICC, 1995. Conservation préventive dans les musées. Manuel d'accompagnement, pages 27 à 34.

La pollution atmosphérique cause de graves dommages à l'environnement. Les polluants, tels les poussières de tous genres et les gaz comme les oxydes d'azote et les produits sulfurés, accélèrent la dégradation des édifices et des monuments. Le musée n'étant pas étanche, ces polluants pénètrent à l'intérieur et risquent d'endommager les objets de collection.

L'action nocive des polluants

De nombreux polluants peuvent faire jaunir le vernis des peintures, corroder les métaux, altérer la couleur des teintures et affaiblir les papiers et les textiles. Ainsi, les gaz sulfurés réagissent facilement avec l'argent et le ternissent complètement en quelques mois. La poussière pose un problème particulièrement sérieux pour les objets exposés à l'air libre. Ce sont les musées situés en milieu urbain ou dans les zones industrielles qui sont les plus touchés par la pollution atmosphérique.

Afin de minimiser l'infiltration de ces polluants nocifs, on rend l'édifice plus étanche, tout en sachant bien que l'étanchéité absolue est impossible. Des polluants vont toujours se glisser è l'intérieur. Deux séries de mesures préventives sont quand même possibles, selon que l'on s'attaque aux polluants avant qu'ils entrent dans le musée ou après qu'ils y ont pénétré.

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Mesures préventives contre les polluants externes

Des mesures simples permettent de réduire la concentration de polluants solides à l'extérieur du musée. Par exemple, on pave le stationnement, de même que les trottoirs et les chemins environnants, pour éviter le soulèvement de poussière. On gazonne aussi les espaces non réservés aux véhicules ou aux usagers.

Malgré ces mesures, certains polluants solides et gazeux pénètrent à l'intérieur du musée par les portes ouvertes, les fenêtres, le système d'aération, les aires de chargement et l'entrée des visiteurs. Le musée doit être doté d'une aire de chargement intérieure dans laquelle peuvent pénétrer les véhicules, plutôt qu'une aire extérieure.

L'entrée des visiteurs, dont la fréquence d'ouverture sur l'extérieur est très grande, doit donner sur un vestibule avant de permettre l'accès au musée même. Des tapis placés dans le hall d'entrée permettent de réduire la quantité de terre et d'autres grosses particules. Dans le musée, le choix se porte sur les tapis et des moquettes à fibres bouclées – et non coupées – de bonne qualité. Les fibres coupées se détachent facilement et risquent d'empoussiérer les objets. Les tapis et les moquettes perdent de leur efficacité s'ils ne sont pas nettoyés quotidiennement à l'aspirateur.

Dans certains musées, la pollution extérieure entre par le conditionneur d'air central qui fait circuler l'air à l'intérieur. Pour arrêter certains polluants gazeux et les particules de petites dimensions, on équipe le conditionneur de filtres efficaces. Les filtres doivent avoir une efficacité d'environ 85% selon le test « DustSpot » utilisant le di-octyphthalate. Les polluants gazeux peuvent être éliminés avec des filtres spéciaux contenant, soit du charbon activé, soit de l'alumine activée. Les représentants des sociétés spécialisées dans les systèmes de ventilation peuvent donner des renseignements sur ces filtres. Vérifier régulièrement l'état des filtres et les changer au besoin.

Après ces précautions, la concentration des polluants est grandement réduite à l'intérieur du musée. Cependant, certains polluants solides et gazeux peuvent encore subsister et être dangereux pour certains objets. On réduit alors l'exposition de ces objets aux polluants dans l'air du musée en les plaçant dans des vitrines d'exposition ou, dans les réserves, dans des boîtes ou des cabinets étanches. Il faut couvrir les costumes et les étagères avec des housses et s'assurer que le musée a un bon programme d'entretien. Les matériaux utilisés dans la construction des vitrines, boîtes et cabinets doivent être stables.

Dans le cas d'objets extrêmement vulnérables comme l'argenterie, la vitrine est insuffisante. Il faut les protéger davantage avec des produits absorbants placés à l'intérieur de la vitrine. On peut alors utiliser du charbon activé sous forme de granules. (Les granules doivent être régénérés après un certain temps.) Il existe aussi sur le marché du papier imprégné d'une poudre de charbon activé. De même, on trouve du tissu spécialement traité pour absorber des polluants. On peut aussi utiliser un tissu imprégné d'un produit inhibiteur de ternissement. On en tapisse le fond de la vitrine d'exposition. Si l'objet est placé dans la réserve, on peut l'envelopper de ce tissu.

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Mesures préventives contre les polluants internes

Il faut admettre que seuls certains produits commerciaux sont propres à l'emballage, au support et au rangement des collections de musée. Le matériau idéal doit offrir toutes les garanties suivantes : être sans acide, sans formaldéhyde, sans chlore, sans soufre, sans lignine et sans plastifiants. Dans la pratique cependant , le matériau idéal peut coûter cher ou être difficile à trouver. Il est souvent nécessaire d'effectuer une substitution avec un matériau qui peut poser un certain danger pour l'objet de musée.

Dans le cas où le matériau utilisé n'offre pas toutes les garanties, trois facteurs sont à considérer pour juger s'il est acceptable.

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L'objet a-t-il une réaction face au matériau utilisé ?

La sensibilité des objets face aux polluants doit être déterminée pour connaître les risques de dommages. Les matériaux comme le bois, les dérivés de bois, certaines peintures, certains adhésifs, les agents d'étanchéité, certains plastiques et mousses peuvent devenir des éléments de pollution à la suite de l'évaporation de leur solvant, de réactions chimiques ou de décomposition. Les émissions de ces matériaux peuvent aussi endommager le papier, des métaux, des tissus comme le coton et le lin, et les produits à base de calcium comme les coquillages.

Tel que mentionné précédemment, le bois libère des vapeurs acides nocives. Pourtant, la plupart des vitrines existantes sont fabriquées en bois. La concentration de ces vapeurs sera plus élevée dans le cas d'un bois jeune que dans le cas d'un bois vieilli durant plusieurs années. Par exemple, les pièces de plomb rangées depuis un certain temps dans une armoire vitrée laissent paraître à leur surface des produits de corrosion sous forme d'une poudre blanche due à l'action des vapeurs acides. Pour leur part, les matériaux contenant des produits sulfurés, comme le caoutchouc vulcanisé ou la laine, ternissent l'argent et peuvent acidifier le papier. Il faut s'informer auprès d'un restaurateur de la sensibilité des objets de musée à divers produits commerciaux.

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Y a-t-il contact entre l'objet sensible et le matériau utilisé ?

Le deuxième facteur à considérer est la proximité de l'objet sensible aux matériaux polluants. Les risques augmentent lorsqu'il y a contact direct avec un matériau polluant. De plus, il y a la possibilité de transfert de produits non volatils. Le contact direct avec le bois, nu ou peint, affaiblit rapidement le lin, le coton et les œuvres sur papier. Lorsqu'il y a contact, le matériau doit satisfaire à des normes rigoureuses en ce qui a trait, entre autres, à sa stabilité intrinsèque et à la nature des produits de dégradation qu'il génère. Est considéré comme stable un matériau qui conserve ses caractéristiques initiales : par exemple, il ne jaunit pas, ne s'effrite pas et ne suinte pas.

Si des produits de dégradation peuvent migrer du matériau sélectionné à l'objet en contact, on intercale entre les deux une feuille isolante dont l'inertie est connue, comme le Mylar. L'isolant bloque ainsi les transferts des produits non volatils entre le matériau constituant, par exemple la base de la vitrine, et l'objet, mais cette mesure n'empêche pas le matériau de libérer des produits volatils qui atteignent l'objet.

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L'objet et le matériau voisinent-ils avec un milieu ouvert où les émissions nocives du matériau se dissipent plus facilement ?

Si un objet est soumis aux émissions volatiles d'un matériau, un troisième facteur doit alors être considéré : il est possible de recourir au matériau à condition de l'utiliser dans un milieu ouvert où les produits volatils peuvent se dissiper. Les salles d'exposition et les réserves sont des espaces ouverts. Par contre, les vitrines d'exposition, les cabinets, les encadrements vitrés et les caisses de transport sont des espaces clos. Ces espaces clos protègent les objets des gaz extérieurs et de la poussière. Toutefois, plus le volume d'air est petit et plus les espaces sont étanches, plus il importe de choisir des matériaux stables pour construire ces vitrines, cabinets, encadrements et caisses; autrement, les polluants que ceux-ci libèrent vont s'accumuler à l'intérieur. Dans ce cas, on doit alors remplacer le matériau ou le recouvrir d'une pare-gaz.

Une feuille d'aluminium plastifié connues sous le nom de Marvelseal est souvent utilisée pour recouvrir les surfaces internes des caisses de transport ou des vitrines d'exposition faites de bois. On applique la feuille à l'aide d'un fer chaud. Pour des raisons d'esthétique, on peut ensuite dissimuler ce pare-gaz avec un tissu ou un carton non acide. Il est aussi possible d'utiliser des panneaux de bois déjà pourvus d'un pare-gaz. Il en existe différents types : des stratifiés de mélamine connus sous le nom d'Arborite, des panneaux recouverts d'une feuille de papier imprégné de phénol formaldéhyde appelés Crezon, Fineform, Permaply HDO et Duraply HDO. On peut aussi utiliser comme pare-gaz sur le bois des feuilles de phénol formaldéhyde, appelées Formica.

Toutefois, si les objets de musée ne sont pas dans un lieu clos et s'il n'y a pas de contact entre eux et les matériaux, les polluants volatils libérés par ces matériaux seront généralement dispersés et ne causeront pas de problème. Mais attention! Les polluants d'origine externe (p. ex. les produits sulfurés) peuvent atteindre les objets qui ne sont pas protégés par une vitrine ou un cabinet. Il faut opter pour le meilleur choix.

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Recommandations

Pour l'emballage, les supports et le rangement des œuvres, choisir, dans la mesure du possible, des matériaux dont la stabilité est reconnue de qualité muséale. Ainsi, le papier d'emballage et le carton pour les supports et les passe-partout doivent être exempts d'acides et de lignine. Des papiers non acides, avec un pH neutre ou une réserve alcaline, sont en vente sur le marché. Les deux sont bons, mais le papier alcalin est plus durables, car la réserve empêche sont acidification avec le temps. La réserve alcaline est à base de carbonate de calcium et sa teneur dans le papier ne doit pas dépasser 3%, sinon le papier peut se couvrir d'un résidu poudreux qui risque de se déposer sur l'objet. Le papier avec réserve alcaline n'est cependant pas recommandé pour les photos, les négatifs et la laine.

Des tissus sont souvent utilisés comme emballages, housses ou revêtements à l'intérieur des vitrines. On recommande le coton, le lin et le polyester, mais leurs colorants ne doivent pas déteindre. Le lavage de tout nouveau tissu est nécessaire pour enlever les teintures non fixées et les produits de finition comme le formaldéhyde et l'amidon.

Le polyéthylène est un plastique très polyvalent dont l'usage est recommandé. On le trouve sous forme de pellicules transparentes, d'enveloppes pour photos, de sacs et de mousses. Le Mylar, une feuille de polyester transparent, est également recommandé. Les produits à base de propylène sont aussi très stables : certaines pochettes à diapositives et des panneaux cannelés rigides utilisés pour la fabrication de boîtes et de supports en sont composés. De même, les vitres en plastique comme le Plexiglas, le Perspex et le Lexan sont recommandées.

Il est à noter  que certains matériaux plastiques sont à proscrire. Les plastiques à base de polychlorure de vinyle, communément appelés PVC, se trouvent sous forme de tubes, de feuilles et d'enveloppes pour photos.

D'ordinaire, le PVC est rigide. Pour le rendre flexible, on a dû lui ajouter une grande quantité de plastifiant. À l'usage, le plastifiant a tendance à migrer et tache l'objet en contact. Le plastifiant est généralement huileux et difficile à éliminer de la surface des objets tachés. Il faut donc éviter d'utiliser le PVC et choisir plutôt un plastique stable comme le polyéthylène. Les feuilles de polyéthylène contiennent généralement peu ou pas de plastifiants.

Les mousses de polyuréthane constituent un autre matériau plastique très pratique parce qu'elles sont bien moelleuses. Elles sont souvent utilisées dans les emballages pour amortir les chocs. Malheureusement, c'est une mousse instable qui jaunit, s'effrite et peut tacher les objets, mais il n'en existe pas d'autre qui soit aussi souple. Pour le transport, qui est une opération à cours terme, sont utilisation est acceptable, pourvu qu'on évite tout contact direct avec l'objet. Il faut s'assurer qu'un usage à court terme ne devienne, par oubli, un usage à long terme.

Éviter les peintures et les vernis à base d'huile ou d'alkydes, car ces produits libèrent de fortes quantités de produits volatils sur une longue période de temps. On les décèle facilement à leur odeur. Choisir plutôt des peintures en émulsion à base de résines acrylique, car elles libèrent moins de produits volatils. Il est important de laisser les produits volatils libérés par les peintures à émulsion se dissiper pendant quelques semaines avant d'introduire les objets de musée dans leur nouveau milieu comme une vitrine, une salle d'exposition, une réserve ou une caisse.

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En résumé

Outre les produits proscrits ici, de nombreux autres produits offerts sur le marché doivent faire l'objet d'évaluations et d'analyses. Bien des incidents fâcheux seront évités si on accorde une attention particulière au choix des matériaux. On redouble de prudence s'il y a contact entre les matériaux et l'objet ou si l'espace utilisé est clos. En cas de doute, consulter un restaurateur.

S'assurer d'utiliser tous les moyens disponibles pour filtrer les polluants générés à l'extérieur ou à l'intérieur de l'édifice même. Accueillons les visiteurs, mais chassons les polluants!

Bibliographie et vidéographie

Date de mise à jour : 16 juin 2016

Gouvernement du Québec, 2021
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