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Exemples de problèmes vécus au CCQ et solutions adoptées

Chlorure de méthylène et conception d'une salle de dégagement chimique

Problème

Certains projets de restauration nécessitent l'utilisation de décapants chimiques durant une centaine d'heures annuellement pour retirer des couches de peinture sur une dorure à l'eau. À l'époque où ce type d'intervention a commencé, les recherches n'ont pas permis de trouver un produit à la fois sans danger pour les œuvres et pour les utilisateurs.

Les décapants convenant aux œuvres contenaient du chlorure de méthylène comme agent actif. Ce produit est reconnu comme étant cancérigène. Son utilisation se faisait dans un milieu avec une extraction d'air, un masque respiratoire à cartouches et des gants. Ces protections individuelles se sont toutefois révélées insuffisantes.

Certains restaurateurs souffraient de maux de tête, de nausées et d'étourdissements. Les gants utilisés (gants épais en PVA) laissaient pénétrer le solvant, causant une absorption cutanée et une sensation de brûlure, laquelle indiquait que le gant devait être changé. Aussi, le seuil olfactif du chlorure de méthylène étant relativement élevé (160 ppm), sa présence n'est détectée par l'odorat que lorsqu'il est présent dans l'air à des concentrations situées au-dessus de la valeur d'exposition moyenne autorisée par réglementation.

Ces conditions causaient un grand stress aux personnes travaillant sur le projet, mais aussi aux autres membres de l'équipe travaillant dans le même atelier et qui s'inquiétaient de respirer les vapeurs non captées par l'extraction d'air. Une analyse de la situation s'imposait et a permis de découvrir que le chlorure de méthylène n'est pas filtré par les cartouches des masques respiratoires.

Mesures de correction

Pour remédier à cette situation, il a été nécessaire d'isoler les travaux dans un espace indépendant permettant une extraction adéquate de l'air vicié. Le restaurateur doit désormais porter un masque à adduction d'air. Ce masque est composé d'une cagoule dans laquelle une pression d'air positive est créée par une pompe à air connectée au système de ventilation. Ceci empêche toute vapeur de solvant d'entrer dans le volume intérieur de la cagoule et d'être respirée. La pompe à air étant très bruyante (générant 93 dB), elle a dû être installée dans un cabinet acoustique qui en réduit considérablement le volume sonore. 

Depuis, de nouveaux aménagements ont permis la création d'une salle conçue pour cet usage (isoloir vitré pour permettre le contact visuel, en pression d'air négative pour empêcher toute vapeur de solvant de sortir de la salle, avec bras de captation à la source pour l'extraction de l'air vicié). Dans ce nouvel aménagement, la pompe a été installée dans une salle adjacente. Toujours dans un souci d'éliminer le risque à la source, les recherches pour remplacer le décapant contenant du chlorure de méthylène se sont poursuivies. Ces opérations sont maintenant effectuées à l'aide d'un décapant (Safety Peel 1, de Prosoco) ayant pour molécule active le N-méthyl pyrrolodine. Les recherches portant sur les effets de ce solvant de remplacement sur la santé étant en cours depuis peu de temps, il a été jugé préférable d'opter pour le principe de précaution en attendant que les recherches soient approfondies. Le dégagement chimique de polychromie avec ce nouveau décapant se fait toujours sous la protection d'un masque à adduction d'air.

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Espace d'isolement pour le dégagement de peinture contenant du plomb

Photo de l'espace réservé au dégagement de peinture contenant du plomb

Problème

Le dégagement mécanique de couches récentes de peinture de couleur blanche ou de crème contenant du blanc de plomb a été préconisé pour plusieurs pièces importantes de mobilier religieux. Cette opération se fait au scalpel et produit de fines particules et des poussières. Le plomb peut être absorbé par l'organisme par les voies respiratoires et digestives et avoir des impacts sur la santé s'il s'accumule.

Mesures de protection

Au départ, les restaurateurs se protégeaient à l'aide d'un tablier de travail, de gants, de manchons en Tyveck™ et de masques à cartouches contre les poussières (P100). L'aspirateur (sans filtre HEPA) était fréquemment passé sur les surfaces de travail et le ménage se faisait régulièrement dans l'atelier. De la sensibilisation avait été faite pour que chacun s'assure qu'il ne déplace pas de particules (vérification de leur présence sur les vêtements, nettoyage des mains, etc.). Des inquiétudes demeuraient pour les collègues travaillant sur d'autres projets, sans protection dans le même lieu.

Devant l'importance d'un contrat octroyé au CCQ (7 000 heures sur plusieurs années), une démarche a été amorcée pour vérifier si les moyens de protection étaient suffisants. L'ergonome mandaté dans ce projet a communiqué avec l'Agence de la santé et des services sociaux. Cette dernière a effectué des tests de qualité de l'air. Une évaluation a ensuite été faite par un médecin du travail, entre autres à partir des résultats de tests de plombémie des restaurateurs travaillant sur le projet. Le rapport a établi que les moyens mis en œuvre étaient adéquats, mais pouvaient être renforcés en isolant le travail du reste de l'atelier et en améliorant la méthode d'aspiration à la source. En effet, l'aspirateur sans filtre HEPA risque de propulser les poussières les plus fines pouvant passer à travers le filtre.

Après de nombreuses discussions, la solution adoptée a consisté en l'installation d'une zone isolée par un rideau de plastique transparent, laissant circuler la lumière et permettant de garder un contact visuel en cas d'accident. La ventilation a dû être ajustée afin que le volume d'air dans cet espace soit suffisant lorsque le rideau est fermé. Ce rideau est rétractable et laissera donc l'espace de l'atelier intact lorsque le projet sera terminé. Un dépoussiéreur (aspirant les particules) muni d'un bras de captation à la source a été installé de façon à ce qu'il aspire les particules produites au moment du dégagement. (Figures 7 et 8) 

Photo de la zone isolée permettant le dégagement de produits chimiques  Photo de l'installation à l'intérieur de la zone isolée

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Ergonomie participative

Le CCQ a amorcé, en collaboration avec un ergonome de l'APSSAP, un projet d'ergonomie participative touchant chacun des ateliers. L'ergonomie a entre autres pour objet l'adaptation de l'environnement de travail à l'individu. Cette philosophie va souvent à l'encontre des habitudes des restaurateurs qui, généralement, s'adaptent à l'œuvre. Le projet vise à réduire le risque de troubles musculosquelettiques causés par l'adoption de mauvaises postures durant de longues heures, et ce, lors d'opérations répétitives qui demandent à la fois force, précision et retenue. Ces exigences contradictoires créent de la tension musculaire dans des régions spécifiques du corps et peuvent conduire à des blessures.

Les solutions proposées par un ergonome sont parfois simples à appliquer. Par exemple :

  • l'ajustement du poste de travail
  • la modification de certains outils
  • une organisation du travail différente
  • l'imposition d'un changement d'activité durant dix minutes après une période de 50 minutes de travail répétitif.

Mais, en ergonomie, les problèmes sont souvent complexes et inédits et demandent des investigations pour trouver des solutions créatives. Il est parfois nécessaire de se doter d'équipements (tables ajustables ou chaises) qui demandent des investissements. Ces mesures ne sont efficaces que si elles sont utilisées et conviennent à la personne à qui elles sont destinées, d'où l'importance du caractère participatif du projet. Le restaurateur participe à la détermination des situations pouvant causer des blessures et l'élaboration de pistes de solution afin de l'amener à s'approprier les mesures correctives proposées. 

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Adaptation d'un poste de travail pour le dégagement des concrétions marines

Problèmes

Lors de fouilles sous-marines, les vestiges d'un vaisseau, l'Elizabeth and Mary, de la flotte de Phips (1690), ont été trouvés. Plus de 400 concrétions emprisonnant de nombreux vestiges provenant de l'épave ont été remontées à la surface. Le CCQ est chargé du dégagement de ces concrétions et de la restauration des objets mis au jour. Le travail s'amorce avec un dégagement mécanique à l'aide d'un marteau pneumatique. Lors de cette intervention, la concrétion doit rester humide et le dégagement a pour inconvénient de projeter des particules sur le restaurateur et dans la salle. L'utilisation du marteau pneumatique produit également un niveau de bruit élevé et des vibrations importantes dans les mains. Les plus grosses concrétions pèsent environ 100 kg. Au début du projet, elles étaient manipulées à bras d'homme. Les risques de blessures lors des manipulations étaient très importants, et le travail se faisait des heures durant dans de mauvaises postures.

Mesures de protection

Avec l'aide d'un ergonome et d'une entreprise spécialisée dans la fabrication de mobilier en acier inoxydable 316, plusieurs solutions ont été proposées pour améliorer les conditions de réalisation de ce travail.

  • Une table ajustable en acier inoxydable munie d'un système d'aspiration intégré a été conçue et permet de recevoir les concrétions les plus lourdes. Cette table a été conçue de pair avec un système de manipulation des concrétions, soit un lève-personne hydraulique adapté. Le plateau de la table est inclinable (à 45°) et rotatif (360°). Si besoin est, il peut se détacher, pour remettre l'objet en chambre froide entre deux séances de travail
  • Des gants absorbant les vibrations, des casques antibruit, ainsi qu'une visière ont été mis à la disposition des restaurateurs qui travaillent sur ce projet. Quelques aspects doivent encore être améliorés, notamment l'ergonomie de la télécommande, la performance du système d'aspiration ainsi que la qualité de l'éclairage.

           Transcription

Date de mise à jour : 27 janvier 2015

Gouvernement du Québec, 2021
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