L'itinérance de l'exposition
1690, l'attaque de Québec... Une épave raconte
(2001)

Même si 1690 L'attaque de Québec… Une épave raconte, a pris fin à Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal, cette magnifique exposition présentant des objets trouvés dans l'épave du Elizabeth and Mary ne sera pas reléguée aux oubliettes pour autant. Conçue pour l'itinérance, l'exposition qui a remporté un vif succès auprès des visiteurs du Musée « vogue » maintenant vers d'autres horizons et d'autres publics. Mais, la préparation d'une exposition pour un long voyage tient presque de l'expédition…

Avant de penser aux bagages, il faut convaincre d'autres institutions d'accueillir l'exposition, négocier et conclure des ententes formelles. Et comme partir en voyage coûte cher, il faut penser au financement d'un tel projet. Ce n'est qu'ensuite qu'il devient possible d'organiser l'itinérance, ce qui comporte plusieurs étapes. Tout d'abord, il faut coordonner l'encaissement du mobilier incluant des outils de base, voir à faire un encaissement adéquat pour la précieuse collection, vérifier les listes de tout le matériel, réserver le transport et planifier l'installation de notre précieux butin. Nous aimerions ici partager avec vous les grandes étapes du projet d'encaissement des pièces.

Que ce soit au supermarché, à la quincaillerie ou chez le marchand d'appareils électroniques, de nombreux objets de notre vie quotidienne nous parviennent emballés dans du carton, du papier, du bois ou des matières plastiques.

Tous ces matériaux n'ont qu'un seul but, protéger l'objet que nous venons d'acheter jusqu'au lieu où nous pourrons l'utiliser. Les objets archéologiques ne font pas exception à ce besoin de protection. En fait, deux caractéristiques supplémentaires les définissent. En fonction des contraintes qu'exerce sur eux le milieu d'enfouissement, ils sont souvent beaucoup plus fragiles qu'un objet fabriqué avec des matériaux comparables, mais de facture récente. De plus, contrairement aux objets de consommation de masse, ils n'existent plus qu'en nombre très limité, n'ayant souvent été produits qu'en petite quantité, ou n'ayant pas été conservés dans les collections de musées. Certains sont même uniques, seuls survivants d'une technologie et d'une époque révolue.

Les 229 objets de la collection du Elizabeth and Mary retenus pour l'exposition répondent à ces critères de fragilité et de rareté. C'est pourquoi le projet d'exposition itinérante s'accompagne de mesures de protection destinées à minimiser les effets négatifs de tout déplacement, tels que les chocs, les vibrations, les variations de la température et de l'humidité relative, les attaques par les moisissures, les insectes et les polluants. Les matériaux sélectionnés pour la protection et l'emballage doivent également présenter certaines caractéristiques essentielles, notamment au niveau de leur stabilité chimique dans le temps.

Préparation des objets Lors de la présentation de l'exposition à Pointe-à-Callière, les objets capables de supporter le stress du déplacement avaient été regroupés par matériaux. Des pièces de mousse d'éthafoam, découpées selon la forme et le volume de chaque objet et matelassées avec de la bourre de polyester servaient à les protéger des chocs et des vibrations. Ces formes en mousse avaient été déposées dans des boîtes en carton non acide, et chaque boîte avait été emballée avec une pellicule aluminisée destinée à protéger son contenu des fluctuations de l'humidité relative.

Cette protection, adéquate dans le cadre d'un événement unique, devenait insuffisante dans le cadre d'un projet d'exposition de grande envergure devant visiter plusieurs villes éloignées sur une période de plusieurs années. Cette fois, l'utilisation de caisses de transport devenait nécessaire afin de mieux protéger la collection du Elizabeth and Mary.

Présentation des objets

Afin de faciliter et de simplifier le montage et le démontage de l'exposition, les objets ont été regroupés dans les boites par vitrines thématiques. La stabilité des objets dans chaque boîte a été améliorée, et le matelassage augmenté. Chaque boîte renferme une cartouche de charbon activé pour contrer l'effet négatif des polluants atmosphériques. Du gel de silice, judicieusement déposé dans chaque caisse de transport, permet de minimiser les fluctuations de l'humidité relative. Une fois l'aménagement des boites complété, elles sont déposées dans des caisses de transport, et calées en place à l'aide de blocs de mousse afin de les empêcher de se déplacer en cas de mouvements brusques ou de vibrations continues.

préparation mise en caisse
Des indicateurs de chute sont également déposés dans plusieurs boîtes lors du transport, afin de nous aider à comprendre d'éventuels dommages survenus aux objets. Les caisses sont isolées avec une pellicule de Marvel-Sealmc destinée à maintenir la stabilité de l'humidité relative, et l'intérieur est tapissé d'une épaisseur de mousse d'éthafoam. Des chartes indicatrices pour l'humidité relative, avec un indicateur de maximum atteint, permettront de vérifier le respect du contrôle des conditions environnementales.

indicateur de choc carte

Toutes les caisses de transport sont identifiées. Elles sont munies de roulettes de caoutchouc, ce qui permet d'absorber une partie des chocs et des vibrations lors de leur déplacement, et de diminuer les risques de chute et d'accrochage lors de l'utilisation d'un chariot élévateur. Chaque caisse est scellée à l'aide d'une pellicule adhésive aluminisée au point de jonction entre le couvercle et la partie inférieure, point faible de l'isolation des caisses. Les instructions de montage et de démontage sont placées à l'intérieur du couvercle de chaque caisse. On y retrouve également la liste de son contenu ainsi qu'une photographie des objets qu'elle contient. Le temps de préparation pour l'itinérance de l'exposition est évalué à 100 heures pour le Centre de conservation du Québec et à plus de 250 heures pour le Laboratoire et la Réserve d'archéologie du Ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Toutes ces précautions visent à assurer la pérennité de la collection archéologique du Elizabeth and Mary, tout en permettant au plus grand nombre d'individus intéressés par l'histoire et le patrimoine de partager non seulement l'aventure des miliciens partis de Dorchester en 1690, mais également le travail des archéologues, des chercheurs en culture matérielle et des restaurateurs qui s'évertuent à la comprendre et à la préserver.

exposition exposition

André Bergeron (CCQ), Sylvie Durand (Pointe-à-Callière), Marc Gadreau (MCCQ)
Mai 2001

Les auteurs désirent souligner la contribution au projet d'itinérance de l'exposition des personnes suivantes : Claudine Giroux et Dario Izaguirre, du Ministère de la Culture et des Communications du Québec ; Michel Tremblay, technicien en muséologie ; Kateri Morin, France Rémillard, Nicole Fiset et Gilles Simard du Centre de conservation du Québec ; l'équipe de Carrier Communications et design ; Joël Bernier, technicien de Pointe-à-Callière. Ils remercient également le ministère du Patrimoine canadien et le Ministère de la Culture et des Communications du Québec pour leur contribution financière.

Glossaire

Humidité relative : Proportion entre la quantité de vapeur d'eau effectivement contenue dans l'air et la capacité d' absorption de l'air à une température donnée.

Marvel-Seal : Pellicule aluminium recouverte de plastique stable qui bloque la transmission de la vapeur d'eau et d'autres gaz atmosphériques.

Milieu d'enfouissement : Le milieu dans lequel est découvert un objet archéologique. Chaque site, qu'il soit terrestre ou marin, possède des caractéristiques particulières qui influencent la préservation de certains types de matériaux. Le type de sol (un sable ou de l'argile), sa granulométrie (la dimension et la forme des éléments qui le composent), le degré d'aération, les éléments chimiques qu'il renferme, le degré d'acidité, la température, la profondeur et l'épaisseur des couches par exemple vont déterminer la survie ou non de plusieurs matériaux.

Illustrations

1 : Vues de la salle et des modules d'exposition à Pointe-à-Callière. Photos : Christian Desrochers, Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal.
2 : Préparation des boîtes de transport. Photographie : André Bergeron, Centre de conservation du Québec.
3 : Vue d'un des plateaux en mousse d'éthafoam, avec quelques objets en place. Photographie : Jean Blanchet, Centre de conservation du Québec.
4 : Michel Tremblay, technicien en muséologie, lors des opérations de mise en caisse. Photographie : Jean Blanchet, Centre de conservation du Québec.
5 : La mise en caisse des boites d'objets par Marc Gadreau du Laboratoire et de la Réserve d'archéologie du Ministère de la Culture et des Communications. Photographie : Jean Blanchet, Centre de conservation du Québec.
6 : Un indicateur de choc utilisé dans les boîtes de transport. Photographie : Jean Blanchet, Centre de conservation du Québec.
7 : Une charte d'humidité relative, déposée dans les caisses de transport. Photographie : Jean Blanchet, Centre de conservation du Québec.
8 : Deux photos de l'exposition montée au Musée régional de la Côte-Nord, à Sept-Iles.

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