Le traitement du jas d'une ancre et des deux pièces
de la membrure du navire (1997-1998)

À la fin de l'été 1997, une grosse pièce de bois a été découverte sur le site : le jas d'une ancre. Cette pièce, de plus de 2,20 m de longueur, vient de la partie supérieure de l'ancre et sert à la stabiliser lors de son utilisation. La partie en fer de l'ancre est complètement disparue, sauf un petit élément comportant une ouverture circulaire qui est coincé dans le jas. Ce dernier est constitué de deux pièces de chêne assemblées avec des chevilles de bois. Malgré plus de 300 ans d'immersion, le chêne est encore très peu gorgé d'eau, si bien qu'il a presque envie de flotter... Cette caractéristique vient toutefois augmenter les risques de déformation lors du traitement puisque le bois absorbe alors moins le polyéthylène glycol, qui améliore la qualité du résultat final.

Le jas de l'ancre et les deux pièces de la membrure non réenfouies présentent un intérêt certain pour une éventuelle mise en valeur du navire, puisqu'elles nous permettent d'apprécier une partie de sa forme, et qu'elles recèlent de nombreux détails sur la technologie maritime de la fin du XVIIe siècle. Leur traitement par séchage à froid a débuté dès que les conditions climatiques l'ont permis, au début de janvier 1998. Le principe de ce traitement est simple : il faut éliminer l'eau présente dans les cellules du bois en passant directement de la phase solide (la glace) à l'état de vapeur, en évitant la phase liquide (un phénomène similaire se produit dans le bac à glace du congélateur). Comme la dimension des pièces de bois excédait la capacité du lyophilisateur du Centre de conservation du Québec, nous avons mis à contribution... l'hiver québécois, dont les températures sont propices à ce type de traitement.

Un abri triangulaire a été construit et orienté est-ouest, afin de profiter des vents dominants. Sa forme permettait au vent de s'y engouffrer, ce qui est capital pour extraire le maximum de vapeur d'eau. Le côté sud, recouvert de plexiglass, était pleinement ouvert à la lumière solaire, ce qui a fourni l'énergie nécessaire pour réchauffer les pièces. Plus la différence de température est grande entre la surface gelée des pièces et l'air ambiant, plus efficace est le traitement. Afin de diminuer l'effet négatif d'un flux lumineux élevé (plus de 300 fois le maximum permis pour un objet en bois), un plexiglass filtrant le rayonnement ultra-violet a été utilisé. L'intérieur de l'abri était peint en noir mat, toujours dans le but de capter l'énergie solaire. Des panneaux ont aussi permis de fermer les extrémités en cas de tempête de neige. La pesée des pièces à intervalles fixes a permis d'évaluer l'efficacité du traitement.

Traitement réalisé en 1987 sur une pirogue : le graphique
présente l'évolution de la perte en poids en pourcentage (%)
du poids initial en relation avec la vitesse moyenne du vent.
Traitement réalisé en 1987 sur une pirogue : le
graphique présente l'évolution de la perte en poids
en pourcentage (%) du poids initial en relation avec
le nombre d'heures d'ensoleillement.

Pour en savoir plus

Bergeron, André, Le séchage à froid en milieu extérieur : Évaluation de l'efficacité de l'hiver québécois, Comité de l'ICOM pour la Conservation, 1987, p. 297-300.

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