Le réenfouissement des pièces de l'épave (1997)

Il apparaît de façon claire à ceux qui ont vu la petite anse abritant l'épave, qu'il était impossible d'assurer la protection des vestiges archéologiques à cet endroit. Cela devient encore plus évident si on considère le déploiement des eaux du golfe Saint-Laurent lors d'une tempête. Assurer la conservation de l'ensemble de la structure de la coque à l'air libre en vue d'une mise en valeur aurait pu s'avérer une solution. Cependant, compte tenu des ressources nécessaires, cette avenue n'était tout simplement pas réaliste. Restait donc une seule option valable : réenfouir les éléments de la structure de la coque dans un endroit sécuritaire, en milieu marin ou en milieu lacustre. Le réenfouissement de la coque en milieu marin a d'abord été privilégié. Les critères recherchés étaient :
- une profondeur (env. 8 m) pour d'éliminer la menace des glaces et des vagues de tempête, à marée basse;
- un site où les inspections annuelles sont facilement réalisables;
- un repérage rapide du site;
- un fond permettant un réenfouissement efficace;
- un endroit à l'abri des perturbations des pêcheurs de fond.

Aucun endroit répondant à de telles conditions n'a été observé à proximité de l'anse aux Bouleaux. En effet, pour atteindre la profondeur exigée, il faut dans la majorité des cas s'éloigner à plus d'un kilomètre de la côte. Ceci rend difficiles le repérage du site sans l'aide d'un GPS différentiel et, surtout, les inspections, qui deviennent alors à la merci des conditions météorologiques (une mer forte peut empêcher toute plongée pendant plusieurs jours). De plus, à cette distance de la côte, la possibilité de voir les pêcheurs de fond perturber le site de réenfouissement est réelle. Par ailleurs, certains sites potentiels près de Pointe-des-Monts offrent la profondeur désirée; toutefois les fonds marins, sur le roc et en pente, y sont peu propices.

Faute de découvrir un site approprié en milieu marin, les recherches ont porté sur les lacs de la région. Les conditions souhaitées étaient sensiblement les mêmes :
- une profondeur supérieure à l'épaisseur des glaces, idéalement de 5 à 6 m;
- un accès facile;
- un repérage rapide du site;
- une visibilité sous l'eau permettant de travailler convenablement;
- un fond de sable ou d'argile meuble propice au réenfouissement de pièces de bois;
- un impact minimal sur l'environnement.

La région offre plusieurs lacs, mais peu d'entre eux répondent aux critères établis. Le choix s'est arrêté sur un lac dont les eaux sont relativement claires, ceci étant dû en partie à son fond d'argile meuble et légère, et où la profondeur recherchée est facilement atteinte, ce qui évite les longs déplacements et les problèmes de repérage du site. De plus, le fond présente une pente très graduelle de sorte qu'il a été facile de trouver un endroit plat propice au réenfouissement. Les inspections peuvent donc être effectuées facilement en tout temps. Le lac, dont nous tairons le nom pour des raisons de sécurité, offre un autre avantage important : il est situé sur le territoire d'une zone d'exploitation contrôlée (ZEC), ce qui signifie que tout individu qui veut y avoir accès doit franchir une barrière où les allées et venues sont enregistrées.

L'opération de réenfouissement a été réalisée sans excavation. Les étapes du travail ont été les suivantes :
- étendre une toile en polypropylène de 4 m sur 8 m sur le fond;
- former un mur de sacs de sable sur le pourtour de la toile;
- déposer les pièces du navire sur la toile;
- les recouvrir de sable meuble sur une hauteur d'environ 60 cm;
- recouvrir le tout d'une autre toile, cette fois en hypalon;
- retenir la toile à l'aide d'autres sacs de sable.

Des prises d'échantillons ont lieu sur le tertre de réenfouissement à intervalles réguliers. Des échantillons témoins de la coque, dont les caractéristiques et propriétés sont déjà enregistrées, peuvent être réexaminés sans perturber le site, pour vérifier si les données de base se sont altérées avec le temps. De plus, la mesure des conditions de l'environnement anaérobique à l'intérieur du tertre peut être obtenue grâce au même système d'échantillonnage.

Le nombre de pièces ensevelies est relativement faible, soit une quarantaine de membrures et une dizaine de planches. Puisque la coque n'est pas reconstituée, les pièces ont été placées de façon à réduire au maximum l'espace. Ainsi, le tertre créé par le réenfouissement des pièces du navire est de 8 m sur 4 m, avec une hauteur de 1 m.

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