Le séchage contrôlé des objets (1997)

La plupart des objets provenant de l'épave n'ont pas été séchés au laboratoire de terrain. Le séchage est une opération délicate, voire périlleuse pour certains matériaux, entre autres pour les matériaux organiques. D'une part, s'il reste des sels dans la matrice organique, celle-ci pourra être brisée par leur cristallisation lors de l'évaporation de l'eau (séchage). Il faut donc s'assurer avant tout que le dessalement soit bien effectué. Seuls les appareils du Centre de conservation du Québec permettaient d'évaluer si cette dernière étape du rinçage était complétée.

D'autre part, un matériau organique poreux et altéré par son séjour d'enfouissement aura tendance à s'affaisser lorsque l'eau en est éliminée. En d'autres mots, les liaisons chimiques établies entre les chaînes macromoléculaires des fibres et l'eau permettent aux structures de se maintenir sans s'effondrer. Lorsque l'eau est évacuée, les chaînes des fibres se lient ensemble et provoquent l'effondrement irréversible. Ce qui complique encore la tâche du restaurateur, c'est qu'il faut tenir compte du caractère « anisotrope » de la plupart des matériaux organiques comme le bois, la corne, l'ivoire, etc. Durant le séchage, ces matériaux ne se rétractent pas de la même façon dans les différentes directions ou selon les différents axes. Pour le bois peu altéré, on parle d'un rapport entre les retraits selon les axes longitudinal, radial et tangentiel de 1 : 2 : 3. En l'absence d'un séchage contrôlé, l'objet se déformera et, de plus, les fentes auront tendance à s'élargir et à s'allonger.

Différentes méthodes ont été mises au point pour contrôler le séchage des objets archéologiques. Plusieurs exigent un outillage particulier, des équipements lourds et des prises de mesures précises. La lyophilisation, que nous avons déjà abordée avec la restauration d'une giberne, est une de ces méthodes. Il en existe une autre qui n'offre pas un contrôle aussi rigoureux, mais qui peut être mise en œuvre sur le terrain. Il s'agit d'assécher très lentement les objets en les plaçant dans des microenvironnements possédant des niveaux d'humidité relative décroissants.

Le traitement des os

Cette dernière méthode a été utilisée pour traiter les os de poissons et de mammifères, trouvés en grand nombre sur le site de l'épave. Puisque ces os ne sont pas travaillés par la main de l'homme, comme c'est le cas pour certains manches d'ustensiles, l'approche de conservation est différente. En somme, il suffit de rendre leur manipulation plus aisée pour les ostéologues qui en ont fait l'étude, tout en évitant de créer des fissures dues au dessèchement trop rapide ou aux tensions mécaniques à l'intérieur de l'objet.

Les os ont été mis à rincer dans l'eau de la rivière pendant trois semaines. Ce séjour a permis un dessalement léger. Dans ce milieu, ils étaient à une humidité relative de 100 %. On les a placé ensuite sur une table à proximité des bassins d'eau où l'humidité relative était de 82 %. Ils y sont restés durant une semaine, puis ils ont été placés dans une salle connexe où l'humidité relative était de 72 %. La semaine suivante, on les a étalés sur une table dans la grande salle de travail, là où l'humidité relative était de 65 %. Le dernier palier de séchage pour atteindre les conditions que l'on retrouve dans les musées et les laboratoires (humidité relative de 50-55 %) a été atteint au laboratoire du CCQ.

Le contrôle du comportement au séchage est fait en comparant le constat d'état réalisé avant le début du rinçage aux constats enregistrés au cours des semaines suivantes. Lorsqu'une fente est identifiée dès le départ, on la mesure régulièrement et si elle augmente, on replace l'objet dans le milieu où l'humidité relative était plus importante. Si aucune fissure n'est identifiée avant le début du rinçage, on plante deux minuscules épingles à une distance connue, qui sert de mesure étalon, sur certains objets représentatifs d'un groupe donné.

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