Le nettoyage des objets (1997)

L'opération de nettoyage des objets archéologiques n'est pas sans conséquence. Ce qui est éliminé, en surface, dans ou autour des objets, l'est à tout jamais. Le nettoyage comme la fouille archéologique, est une opération destructrice puisqu'il est impossible de revenir en arrière et d'avoir une seconde chance de recueillir des informations importantes. Les archéologues documentent leur travail avec des plans et des notes de fouille; en conservation, le même principe est appliqué. Au fur et à mesure du nettoyage, sont notées les traces qui semblent anormales ou simplement la texture des sédiments qui englobent les objets. C'est ainsi qu'on peut comprendre, par exemple, comment se forment et s'organisent les différentes couches de concrétions autour des objets ferreux. La couche externe de ces masses présente un amalgame de gros cailloux pris dans un mortier gris pâle. Sous cette couche se trouve une concrétion plus fine, elle aussi très dure, composée de gros sable, de petits coquillages et de sédiments. Enfin, collée aux objets, une couche noire poudreuse s'effrite si on la frotte avec le doigt. Une fois l'organisation générale des concrétions connue, il est possible de repérer un objet même sans le voir, lorsqu'on est en présence d'une poche de matière noire pulvérulente. C'est la description des nettoyages précédents qui donne cette certitude.

Exemples de traitement au laboratoire de terrain

Pour une pipe dont le fourneau contenait de la matière organique, un lavage méticuleux a permis d'extraire le tabac encore présent. Les plongeurs ont aussi remonté une bouteille complète. Elle présentait le type d'une bouteille à vin, mais aurait pu être utilisée à d'autres fins. Celle-ci était encore pleine de sable, mais nous avons préféré attendre d'être à l'atelier du Centre de conservation à Québec pour effectuer le lavage, dans l'espoir d'identifier son contenu d'origine.

Un autre exemple est sans conteste le sac de munitions en cuir. Il mesure 25 cm de long sur 9 cm de haut une fois fermé, c'est-à-dire sans compter le rabat, et 3 cm d'épaisseur. Le fermoir est en laiton; au dos, il y a deux ganses pour passer un ceinturon. L'intérieur était rempli de concrétions, mais un nettoyage fin de la surface du cuir a permis de relever une ondulation régulière à l'endos du sac. La radiographie et le traitement ultérieur ont démontré qu'il renfermait des cartouches semblables à celles trouvées en 1996, c'est-à-dire des tubes de papier contenant deux balles de plomb et de la poudre à canon.

En somme, une attention particulière lors du nettoyage permet de recueillir le maximum d'informations sur les objets, mais il faut prendre garde de ne pas créer de nouvelles marques. C'est pourquoi les instruments utilisés ne sont jamais plus durs que le matériau lavé. Un bâtonnet de bois ou un pinceau doux sont préférables à une brosse à dents. Au retour à Québec, en laboratoire, des appareils et des instruments offrent la possibilité d'effectuer des dégagements plus précis.

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