La description des objets (1997)

La première étape du travail de conservation consiste à décrire les objets et leur état. C'est une tâche qui doit être réalisée le plus rapidement possible, lors de leur mise au jour. Cette description constitue un document de référence qui permet de juger s'ils se détériorent avec le temps. Régulièrement, au cours de l'été ou après le transport à Québec, le conservateur-restaurateur compare l'état des objets avec le constat initial, pour voir s'ils se sont dégradés. Entre autres, il vérifie si les fentes s'agrandissent sur les objets en bois, si les moisissures se développent sur les textiles ou si la corrosion augmente sur les objets en fer.

Au moment de la description, le conservateur-restaurateur a toujours en tête deux aspects de l'artefact : sa matière (ou matériau) et sa fonction. Dans le lot d'artefacts remontés au cours d'une journée, sont traités en priorité ceux dont les composantes sont organiques; c'est-à-dire les cuirs, les textiles, les bois, les os, etc. Ils sont placés dans un bassin d'eau salée stagnante dès leur prélèvement. Cependant, un tel environnement est propice au développement de micro-organismes. Il faut donc surveiller les objets de très près dans les bassins d'eau.

Les objets présentant des assemblages complexes ou fragiles sont d'abord examinés : chaussures, cartouches ou pistolets. Viennent ensuite les cordes, les fragments de textiles, de cuir ou de bois. Enfin, ce sont les matériaux siliceux (verres, pierres) et les autres matériaux semblables (céramiques, briques) qui sont traités. De façon générale, il n'y a que des fragments d'objets. Le travail consiste alors à entrevoir les remontages possibles, à comprendre la forme complète et à identifier la partie représentée. S'agit-il d'un tesson provenant du col ou du fond d'une céramique, de l'épaule d'une bouteille ou du fourneau d'une pipe ? Le dernier groupe de matériaux à être examiné comprend les métaux et les concrétions. Les produits de corrosion, par leur couleur, leur densité, leur cohérence et leur aspect général, permettent une première identification de la nature du métal (étain, laiton, bronze, fer, plomb, etc.). Parfois, ils renseignent aussi sur la forme. Si la corrosion est plus ou moins volumineuse mais homogène, il sera possible de déduire approximativement les dimensions de l'objet et sa forme générale, cylindrique ou circulaire. Si, au contraire, la corrosion est très volumineuse et non uniforme, avec une gangue de concrétions englobante, il sera difficile d'identifier clairement et avec précision sa forme et ses dimensions.

La démarche de description, qui va du général au particulier, tient compte des ensembles, des parties, des éléments et des assemblages. On mesure les objets; on identifie la forme et la nature des matériaux; on décrit les techniques et les traces de fabrication ou d'utilisation, les décors, les inscriptions, les poinçons, les réparations, etc. Ce n'est qu'une fois cette opération terminée qu'on cherche à les identifier ou à les associer avec des objets similaires de la même époque, provenant d'autres sites archéologiques ou mentionnés dans des documents d'archives. La fiche descriptive, qui comprend aussi un croquis, facilite la consultation de l'information, sans avoir à manipuler les objets à nouveau.

La tâche du restaurateur est semblable à celle d'un médecin à l'urgence. Il reçoit des patients (muets !) en état de crise. Après avoir défini leurs antécédents médicaux (âge, allergies possibles, problèmes chroniques connus, etc.), il les examine, afin d'observer les symptômes de la maladie ou les conséquences de l'accident. Plus l'examen médical est approfondi, meilleur sera le diagnostic et plus adapté sera le traitement.

Tous les objets sont documentés de la même façon, de l'os de poisson au tesson de céramique, du manche de hache au canon de fusil pris dans les concrétions, etc. Tous ont le même statut, la même importance, en fonction de la recherche ultérieure. Chaque objet peut fournir des indices précieux lors des analyses, selon l'angle privilégié par la recherche. Par exemple, si la collection d'ossements est en bon état et a été bien restaurée, un ostéologue pourra procéder à l'identification anatomique et zoologique, et même, possiblement, retracer des marques de couteau qui renseigneront sur les façons d'apprêter les aliments au XVIIe siècle !

Fiche du constat d'état de terrain d'un tesson de céramique. La description détaillée de la qualité de la pâte et du décor nous a permis d'identifier une bellarmine.

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