La conservation des artefacts (1996)

En 1996, un plan d'attaque a été mis au point afin de maximiser les ressources et les efforts consacrés à la conservation des artefacts. Les objets ont d'abord été regroupés par familles de matériaux : bois, cuirs, verres, métaux, textiles, pierres, etc. Les objets composites ont été répartis entre ces grandes familles. Par exemple, la sacoche de cuir qui contenait des balles de plomb a été placée avec les cuirs et les balles avec les métaux. Deux pistolets ont été associés à la famille des bois tandis que les fusils, de plus grandes dimensions et recouverts de fortes concrétions, ont été envoyés avec les objets volumineux aux laboratoires de Parcs Canada à Ottawa. Les bois et les cuirs ont été examinés les premiers parce qu'ils doivent généralement subir des traitements consistant en de longues périodes d'immersion.

Dans chacune des familles, les objets ont été étudiés un à un. L'information recueillie sur le terrain a été combinée avec les données des examens de laboratoire, les photographies, les radiographies, etc. Par exemple, la radiographie du pistolet nous a permis de découvrir, à l'intérieur de la concrétion située en dessous, le pontet de la sous-garde, c'est-à-dire l'anneau métallique qui protège la détente (no 13 sur le croquis ci-dessous). Lorsque tous les objets d'une famille étaient documentés, il était possible de choisir un traitement convenable et de commencer les « traitements de masse », qui s'appliquent à plusieurs objets à la fois.

Pistolet

  1. canon (la partie antérieure est appelée bouche, et la partie postérieure culasse);
  2. queue de culasse;
  3. fût;
  4. poignée;
  5. chien;
  6. mâchoires du chien;
  7. vis des mâchoires;
  8. bassinet;
  9. plaquet de batterie;
  10. ressort de batterie;
  11. corps de platine;
  12. longues vis du corps de platine;
  1. pontet;
  2. bande à l'avant du pontet;
  3. bande à l'arrière du pontet;
  4. écu;
  5. détente;
  6. embouchoir;
  7. queue d'embouchoir;
  8. contre-platine;
  9. bande de pognée de crosse;
  10. calotte;
  11. vis de calotte;
  12. vis du bois de calotte;
  13. baguette.

Le dessalement des objets

Le dessalement dépend de la nature des matériaux, de leur volume et de leur porosité. Par exemple, le cuir est plus mince et plus poreux que les concrétions (amalgames de sable, pierres, cailloux, oxydes de fer, etc.); le dessalement de pièces de cuir est donc bien moins long que celui des concrétions.

Il existe des moyens de suivre l'évolution du dessalement des objets. Une quantité d'eau très concentrée en sels mélangée avec une quantité d'eau sans sels diminuera leur concentration parce qu'ils seront redistribués dans le volume d'eau total. En d'autres mots, si on immerge un objet contenant des sels dans un bassin d'eau douce, on diminue leur quantité dans l'objet et on augmente leur concentration dans l'eau du bassin d'entreposage. Après un certain temps, lorsque l'équilibre chimique se réalise entre l'eau et l'objet, la concentration de sels est la même dans l'objet et dans le bassin. En mesurant la quantité de sels dans l'eau du bassin, il est possible de mesurer approximativement l'évolution du traitement de dessalement. On dit avoir dessalé complètement un objet quand il reste plus ou moins 20 ppm (20 parties de sel par million). Malheureusement, il est impossible de dessaler entièrement un objet et il est alors souvent nécessaire d'utiliser, en plus, des méthodes chimiques et électrochimiques d'extraction. On peut aussi, par les mêmes procédés, accélérer le dessalement des objets.

Le transport des objets

Les objets recueillis en 1996 ont, pour la plupart, été acheminés au Centre de conservation du Québec. Le transport comportait deux difficultés majeures. D'une part, il ne fallait absolument pas que les objets commencent à s'assécher. D'autre part, il était nécessaire de limiter au maximum les chocs entre les objets et de faire en sorte que toutes les vibrations occasionnées par les conditions de la route soient amorties. Nous avons dû emballer certains objets, les fusils entre autres, avec une deuxième couche d'emballage, afin d'assurer leur stabilité mécanique. Le trajet s'est fait sans anicroche. Néanmoins, dès l'arrivée à Québec, l'état physique et mécanique des objets, particulièrement de ceux qui étaient fragiles, a été vérifié en les comparant à la première description faite sur le constat d'état de terrain. Les vérifications ont permis de confirmer que les objets n'avaient pas subi de cassures supplémentaires.

Un coup de coeur !

Le coup de coeur de la conservatrice-restauratrice s'est porté sur une fusée d'épée qui semble avoir été réparée par son propriétaire. Cette fusée, c'est-à-dire la partie de l'épée que l'on empoigne, est recouverte d'un ruban finement tissé, lui-même enroulé sur un assemblage de cuir et de laiton. Le CCQ a déjà traité une fusée de ce type, à la suite des travaux de 1995. Cette dernière est constituée d'une âme en bois entourée de cordes sur lesquelles un cuir est tendu. L'embossure créée par la corde est soulignée de part et d'autre par des chaînettes de laiton. Il est possible d'imaginer une structure semblable pour celle trouvée en 1996 avec, en plus, une consolidation des éléments par le ruban. Le propriétaire de l'épée avait probablement utilisé le ruban pour réparer l'objet parce que le cuir était décollé ou que les chaînettes de laiton étaient brisées.


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