L'intervention archéologique (1996)

La fouille de 1996 s'est déroulée, du 8 juillet au 30 août, sur la partie exposée des vestiges de l'épave, c'est-à-dire la partie la plus vulnérable du site. L'équipe d'archéologues de Parcs Canada était formée de Jim Ringer, Marc-André Bernier, Peter Waddell et Chriss Ludin. Deux étudiants en archéologie, Nicolas Cadieux et Érik Phaneuf, ont aussi prêté main forte aux spécialistes.

Le navire Red Bay Pour faciliter l'opération de sauvetage, l'équipe de plongée a d'abord installé au-dessus de l'épave un ponton de 3,35 m par 7,3 m. Ce ponton a été utilisé comme base de plongée et comme plate-forme pour les pompes des dragues à succion utilisées pour retirer le sable sur le site. À la suite de la tempête du 20 juillet, la présence du navire Red Bay de Parcs Canada a permis de rendre les travaux encore plus efficaces et sécuritaires. En tout, 665 heures de plongée ont été effectuées au cours de l'été.

La préparation de l'équipement de fouille n'est pas une mince tâche. Les pompes, les suceuses, les carroyages doivent être montés ou assemblés. Il faut également s'assurer que le matériel d'enregistrement subaquatique soit fin prêt : plaquettes, papier imperméable, niveaux, règles... Rien ne doit manquer lors des plongées, sinon il y a une perte de temps considérable. Il faut aussi préparer les équipements photographique et vidéographique. En 1996, plus de 1100 photos et 10 heures de vidéo ont été réalisées.

Une quarantaine de plongeurs amateurs et bénévoles, surtout de la Côte-Nord, ont collaboré aux interventions archéologiques et au travail de conservation des objets dans le laboratoire de terrain situé dans l'ancien centre de pisciculture. À tour de rôle, une trentaine d'entre eux ont participé aux travaux archéologiques puisqu'ils avaient déjà suivi une formation spécifique donnée par des spécialistes de Parcs Canada et du Centre de conservation du Québec. Ces cours comprenaient une introduction à l'archéologie subaquatique, à l'architecture navale, à la culture matérielle des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi qu'une initiation à la conservation des objets trouvés sous l'eau. Lors de la fouille, chaque plongeur amateur était accompagné d'un archéologue qui lui a appris les rudiments de l'archéologie subaquatique. Graduellement, le plongeur s'est vu accorder plus de responsabilités et a participé à toutes les étapes du travail de l'archéologue : l'installation du carroyage, la fouille, l'enregistrement des objets sur le site, leur prélèvement et leur catalogage en laboratoire. Chaque soir, après la fouille, le plongeur faisait le compte-rendu des travaux effectués durant la journée dans son cahier de notes.

Kateri Morin du Centre de conservation du Québec était la spécialiste chargée de la conservation des objets sur le terrain, tandis que son collègue André Bergeron assurait la coordination de la restauration des artefacts avec les laboratoires de restauration de Parcs Canada à Ottawa.

La fouille

Plongeurs La fouille a consisté à dégager le site à partir de l'extrémité nord de la section de coque déjà visible. Les vestiges et les artefacts associés à l'épave étaient compris dans trois couches archéologiques distinctes pouvant atteindre 80 cm d'épaisseur : une couche de sable en surface, puis un mélange de sable, gravier et pierres, et enfin, l'argile de fond.


Plan du site Environ 40 % de la superficie du site a été fouillée ainsi que près de 90 % de la portion résiduelle de la coque. Le site a été divisé selon une grille pour faciliter le repérage des vestiges. Un système de carroyage rigide en aluminium constitué d'unités de 2 m par 2 m a été installé. Chaque carré correspondait à une lettre et à un chiffre. Ainsi, on peut voir sur le plan que la coque du navire couvre principalement les carrés 6M, 8M, 10M, 12M, 14M, 16M, tandis que plusieurs fusils se trouvent dans le carré 14N et qu'une marmite occupe le carré 16N.

Les informations sur les couches stratigraphiques, la localisation et la description des objets et des vestiges de la coque, les plans, les dessins et les coupes, les prises de vue photographiques et vidéographiques, ainsi que le déroulement quotidien des fouilles ont été consignés dans des cahiers de notes individuels.

En laboratoire, les objets ont été catalogués selon leur provenance et les renseignements ont été intégrés à une base de données informatique, afin de faciliter leur analyse ultérieure.

La fouille archéologique proprement dite s'est faite à l'aide de suceuses à eau. Un deuxième plan du site a été réalisé pour localiser les principaux éléments visibles du site. Des sondages ont également été effectués dans les parties ensablées du site afin d'en préciser les dimensions.

Premiers indices sur la nature de l'embarcation

La fouille a permis le dégagement de presque tout ce qui subsistait de la coque de l'épave. Cette portion résiduelle, probablement le flanc de bâbord du navire, mesure environ 8,5 m de long sur 2 m de large. Aucune trace de quille, de carlingue, d'étambot ou d'étrave n'a été repéré. Le chêne est l'essence forestière qui a été privilégiée lors de la construction du navire, ce qui n'est pas étonnant puisqu'il résiste bien au pourrissement. Le pin blanc a également été utilisé, ce qui suggère une construction nord-américaine. La section visible de la coque comprend 31 membrures, 2 vaigres, au moins 4 bordages et une préceinte (voir la rubrique Démontage des pièces du navire (1997) pour la définition des termes d'architecture navale). Fait inusité, le bois des membrures est parfois encore recouvert de son écorce, ce qui peut signifier que le navire a été construit très rapidement, avec peu de moyens ou peu d'expérience. Il ne s'agit pas d'un navire militaire; avant de servir dans l'expédition de Phips, il était probablement utilisé pour le commerce ou pour la pêche.

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