L'intervention archéologique (1995)

Plongeur en train de localiser un artefact Les objectifs de l'intervention printanière de 1995 étaient, d'une part, d'évaluer et d'identifier le site à partir de ses composantes visibles en surface et, d'autre part, d'assurer sa protection contre les éléments naturels susceptibles d'accroître son érosion et sa destruction. L'intervention archéologique s'est déroulée entre le 22 mai et le 16 juin 1995. Elle a duré vingt jours et a été réalisée sous la direction de Marc-André Bernier de Parcs Canada. Vingt-et-un plongeurs sportifs bénévoles de la Côte-Nord y ont participé. Ceux-ci avaient reçu préalablement une formation de base en cartographie archéologique subaquatique, en l'occurrence le cours d'initiation à l'archéologie subaquatique conçu par la Nautical Archaeological Society du Royaume-Uni (voir la rubrique Formation des plongeurs (1997) ).

Portion exposée de la coque du navire La principale opération consistait à faire un relevé du site. Ce plan de surface permettrait de bien le délimiter et de localiser précisément les artefacts qui y seraient prélevés. Étant donné qu'une portion du site était enfouie dans le sable, une prospection au détecteur de métal a aidé à cerner son étendue. Une section de la coque mesurant au moins 9 m de longueur sur environ 1,5 m de largeur a été identifiée. Des artefacts et des échantillons divers ont été prélevés. Seuls les objets menacés ont été recueillis, puisqu'il était important de garder le site intact ainsi que toutes ses composantes, en prévision d'une véritable fouille. On a alors compté 24 fusils d'une diversité tout à fait surprenante. Entre autres, les 6 crosses examinées étaient toutes différentes les unes des autres. Certains fusils portaient même des marques caractéristiques d'armes personnelles, faites sur mesure ou initialées.

Hache trouvée en surface Tasse partiellement dégagée

Ont aussi été récupérés ou repérés 9 tessons de céramique dont une tasse, 2 bouteilles de vin, 4 parties de semelles de chaussures en cuir, plusieurs outils dont une hache, des os de porc et de morue, une lampe à huile en plomb, deux marmites en fer, un cap de mouton servant à fixer les haubans, des fragments de cordage, une pipe, des briques, une cuillère, une écuelle en étain, une boucle de ceinture et un ornement de corne à poudre en laiton.

Écusson L'oreille de cette écuelle porte un écusson flanqué de deux dauphins. Sur l'écusson on distingue clairement la lettre « M » et, juste au-dessous, on peut lire les lettres « I » et « S », placées côte à côte. Cette disposition en pyramide était courante pour inscrire les initiales d'un homme et de son épouse. Le « M » étant la première lettre du nom du mari, les initiales de celui-ci sont « IM » et celles de son épouse « SM ». Cette écuelle a été un des éléments clés de l'identification de l'épave (voir la rubrique L'identification de l'épave).

À la fin de la fouille, près de 500 sacs de sable ont été placés aux endroits stratégiques pour freiner l'érosion jusqu'à la prochaine intervention archéologique. Ils devaient, entre autres, protéger la coque du navire. Des toiles géotextiles ont également été étendues sur le site.

La conservation des objets sur le terrain

L'ancien centre de pisciculture de Baie-Trinité a été transformé en laboratoire pour les opérations de terrain qui ont eu lieu de 1995 à 1997. Il a servi aux archéologues, mais aussi aux spécialistes en conservation. Ce bâtiment avait l'avantage d'offrir beaucoup d'espace de travail et une vingtaine de bassins de rinçage pouvant être utilisés pour le dessalement des objets retirés quotidiennement de l'épave. Chaque bassin était affecté à un matériau - bois, métal, verre, céramique - ou à des objets particuliers tels des fusils présentant des matériaux composites - métal et bois, etc. (voir la rubrique Conservation des artefacts)

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