La conservation des artefacts

Diagramme de Hodges De même que l'information livrée par la fouille de l'archéologue donne lieu à de nombreuses recherches et analyses, les artefacts mis au jour doivent également être soumis à des traitements, en vue de leur conservation et de leur exposition éventuelle. Lorsque des objets sont enfouis dans le sol ou submergés dans l'eau, ils se transforment et s'acclimatent progressivement aux nouvelles conditions ambiantes. L'archéologue, au moment de son intervention, rompt cet équilibre fragile, ce qui se traduit par une reprise de la détérioration. Dans le cas des matériaux organiques tels que le bois, le cuir ou l'os, des mesures de conservation doivent s'appliquer dès leur sortie du sol ou de l'eau. Les autres matériaux dits inorganiques, comme les métaux et la céramique, requièrent également des soins particuliers sur place. En collaboration avec l'archéologue, le restaurateur-conservateur entreprend la documentation des objets qui seront jugés prioritaires, effectue certaines opérations d'urgence sur les objets les plus fragiles, et veille au suivi des soins à apporter aux collections, au fur et à mesure qu'elles sont prélevées.

Qu'est-ce qu'un conservateur-restaurateur ?

On pourrait se faire l'image d'un personnage travaillant à la loupe pendant des heures et des semaines, dans son laboratoire, pour colmater les brèches du temps et réparer les objets rares ou précieux. Cette perception du conservateur-restaurateur n'est pas fausse, mais elle n'est pas complète. La réalité, par exemple sur le site de l'anse aux Bouleaux, est tout autre.

Jour après jour les archéologues prélèvent une grande quantité d'objets constitués de différents matériaux. Tous sont des indices pour la compréhension du site. Le moindre fragment devient un objet précieux. Un tesson, c'est peut-être l'élément qui permettra, plus tard, de remonter une bouteille de verre, de comprendre sa forme, son utilité, sa provenance, son âge, et donc, de mieux comprendre l'épave. Tous ces objets-témoins doivent être conservés avec le plus grand soin.

La principale difficulté de cet exercice réside dans le fait que les objets ont séjourné plus de 300 ans dans un milieu assez stable. Quoique les marées, les glaces et les tempêtes aient affecté l'épave et son mobilier, la température, elle, est restée constante et la qualité de l'eau n'a pas changé (sels, pH, oxygène dissout, etc.). Les objets ont subi un stress important pendant le naufrage mais, petit à petit, ils se sont « acclimatés » et ont atteint un équilibre (physique et chimique) avec leur milieu. Les archéologues perturbent à nouveau ces conditions. Ils prennent donc grand soin des objets à leur sortie de l'eau en s'assurant qu'ils restent toujours mouillés et qu'ils sont bien supportés et emballés. Lorsque les objets arrivent au laboratoire de terrain, l'équipe de conservation prend le relais. Il s'agit d'une étape de transition entre le milieu marin et l'atelier de restauration du Centre de conservation du Québec, où ils sont traités et documentés plus à fond. Dans un premier temps, il faut accorder la même attention à tous les objets, les examiner, les documenter sommairement, les emballer et commencer le rinçage pour éliminer le sel.

L'épave recèle quantité d'objets. Chacun d'eux présente des difficultés de traitement propre à sa nature. Certains se révèlent plus problématiques parce qu'ils sont composites. Ces objets sont généralement constitués d'une partie organique et d'une partie inorganique (par exemple, un fusil en bois et son mécanisme en métal). Or, le traitement des matériaux inorganiques est souvent incompatible avec celui des matériaux organiques. Une attention particulière doit leur être accordée et une proposition de traitement est élaborée pour chaque objet qui exige un travail de conservation spécifique.

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