Un cadeau... historique (1997)

Éveline, ma fille de sept ans, et moi avons pris l'habitude, après l'école, lors du retour à la maison, de nous raconter nos journées. Les joies et les petits malheurs, la description des activités et des travaux émaillent ce moment qui nous réunit à nouveau après une bonne journée de labeur. Au début, la description des activités de ma profession me causait un peu d'embarras; c'est ainsi que toute petite, j'étais pour elle... un réparateur de jouets.

Avec le temps, et l'âge aidant, je l'ai tout doucement initiée à l'histoire, à l'archéologie et à la conservation. Bien sûr, elle m'a entendu raconter l'histoire de ce « monsieur Phipse » qui était venu à Québec, il y a bien longtemps. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'elle m'a offert , pour mon anniversaire, sa propre reconstitution du naufrage du Elisabeth and Mary.

Dans cette scène, un homme tombe à la mer lors d'une violente tempête; en témoignent la mer agitée et les éclairs qui zèbrent le ciel. Une vigie assiste à l'événement. Je crois que cette vigie tire son origine, peut-être, des bandes dessinées d'Astérix, que nous lisons occasionnellement le soir.

Dans un ciel étoilé, une lune pousse un cri de surprise; témoin impuissant, elle ajoute à l'intensité du drame qui se joue. Que la lune et les étoiles soient visibles lors d'une violente tempête ne compte pas; Éveline a fait une synthèse de toutes les informations qu'elle possédait en y ajoutant une touche de fantaisie bien personnelle, qu'on appelle la liberté artistique.

Qu'elle ait décidé de m'offrir ce dessin pour mon anniversaire reflète bien l'importance et la place qu'occupe le projet de Baie-Trinité dans ma vie professionnelle. C'est un projet unique, qui ne peut être souligné que lors d'un événement spécial. Ce dessin, comme beaucoup de ses créations, sera précieusement conservé dans ses archives d'enfant. Un jour, la mémoire du temps passé ressurgira de l'obscurité, et tout un pan de vie oublié sera de nouveau accessible, un peu à la façon du navire de « monsieur Phipse ».

André Bergeron, Centre de conservation du Québec

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