Le premier chant de victoire de la Nouvelle-France

La découverte de l'épave d'un navire appartenant à la flotte de Phips a suscité beaucoup d'intérêt de la part des chercheurs et des férus d'histoire et d'archéologie. René Bouchard, attaché politique au bureau de la ministre de la Culture et des Communications est aussi un ethnologue qui, au gré de ses lectures, parcourt des documents fort intéressants. Dans Les Cahiers des Dix, il a trouvé un article du célèbre folkloriste québécois Luc Lacourcière publié en 1974. Cet article fait état de la découverte d'une chanson traditionnelle qui relate le siège de Québec par Sir William Phips.

Selon Lacourcière, cette chanson serait vraisemblablement contemporaine des événements, soit de la fin du XVIIe siècle. Il s'agirait donc, d'après lui, « de la plus ancienne chanson autochtone qu'on ait retrouvé sur un événement canadien ». Comme l'épave est la plus ancienne (1690) repérée jusqu'à présent au Québec, René Bouchard a bien raison de dire qu'il est fantastique de voir réunis autour d'un même événement les deux plus vieux témoignages connus de notre patrimoine matériel et immatériel euroaméricain.

L'article de Lacourcière met en lumière et réunit des éléments provenant de deux sources distinctes. La première source est un article de Pierre-Georges Roy rédigé de mémoire plusieurs années après sa rencontre avec une vieille dame de Sainte-Luce, près de Rimouski. Roy raconte que la vieille dame, âgée de 90 ans, la mère Lavoie, lui a chanté cette chanson, après s'être fait prier un peu. L'article de Roy en présente toutefois une version fort incomplète.

La deuxième source vient de Marius Barbeau qui, en 1946, a enregistré une chanson ayant pour titre Le Général de Flipe. Le déroulement du récit, bien que comportant des lacunes, suit d'assez près les diverses péripéties historiques. Chantée à l'époque par Joseph Brisebois, un vieillard de 92 ans à la voix chevrotante originaire de Charlevoix, la chanson avait été enregistrée en phono sur un cylindre de cire. Elle est malheureusement à peine audible aujourd'hui.

Les recherches pour repérer l'enregistrement nous ont conduit ensuite aux Archives de folklore de la bibliothèque de l'Université Laval. C'est là que nous avons appris, comble du hasard, que Louise Courville et Pierre Bouchard de l'Ensemble de la Nouvelle-France étaient parvenus à résoudre l'énigme musicale du premier chant de victoire de la Nouvelle-France. Ils ont mis sur disque cette chanson inédite qui a pour titre Quebeca Liberata : Le général de Flipe (1690). Elle est chantée en vieux français, a cappella, comme cela se faisait sans doute à l'époque.

En voici aussi quelques strophes :

Le général de Flipe

C'est le général de Flipe qu'est parti de l'Angleterre,
Avec trente-six voiles et plus de mille hommes faits.
Croyait par sa vaillance prendre la ville de Québec.
A mis la chaloupe à terre avec un beau générau.
C'est pour avertir la ville de se rendre au plus tôt :

Avant qu'il soye un deux heures j'allons lui livrer l'assaut.

C'est le général de ville z'appelle mon franc canon!

Va-t-en dire à l'ambassade : Recule-toi, mon général!
Va lui dire que ma réponse, c'est au bout de mes canons ...

Sources

Luc Lacourcière, « Le Général de Flipe » (Phips), dans Les Cahiers des Dix, Québec, 1974.
Pierre-Georges Roy, « Bribes du passé », dans Le monde Illustré, Montréal, 7e année, no 346, 20 décembre 1890, p. 527.
L'Ensemble Nouvelle-France, Musiques historiques du Québec, Anthologie, vol. 2 : Victoires et Réjouissances à Québec (1690-1758), 1997 (S170618), étiquette : Interdisc.

Pour obtenir le disque, on peut écrire à l'adresse électronique suivante :

ou s'adresser au :
Musée de l'Amérique française
À l'attention de madame Louise Courville
9, rue de l'Université
Québec G1R 4R7
Téléphone (418) 692-2843

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