Les souliers (1996)

Un des éléments originaux de la fouille de l'épave a été la découverte d'une quantité inusitée de souliers, encore dans un très bon état de conservation. Au moins une dizaine de souliers ont été recueillis. Ils offrent quantité de détails sur l'époque, le XVIIe siècle, qui commencent à peine à être explorés par les spécialistes.

C'est seulement depuis le Moyen Âge que les gens portent des chaussures présentant un pied gauche et un pied droit; elles ne possèdent toutefois pas encore de talon. Leur fabrication implique la confection de deux formes pour tenir compte de chaque pied. Évidemment, pourrait-on dire ... mais, même par la suite, ce n'est pas toujours le cas.

Autour de 1650, les chaussures avec pieds droit et gauche cessent d'être aussi répandues. Ce phénomène s'explique par l'apparition du talon. Vers 1680, par souci d'économie et pour répondre à un marché de plus en plus important, on préfère alors fabriquer des chaussures à semelles identiques, coupées de la même façon. Ce n'est que l'usure qui finit par indiquer à quel pied elles correspondent. Les gens ont tout avantage à les porter du même pied, plutôt que selon leur humeur du matin, s'ils ne veulent pas les déformer et risquer d'avoir des ampoules ! Graduellement, au cours de la première moitié du XIXe siècle, la distinction entre le pied gauche et le pied droit réapparaît.

Les souliers qui ont été prélevés en 1996 sont typiques du XVIIe siècle. Fait intéressant, les souliers de tous les jours possèdent des talons qui mesurent entre 4 et 6 cm de hauteur. Apparemment, plus les talons sont hauts, plus ils sont à la mode. Ils atteignent même 8 cm de hauteur et les hommes autant que les femmes de la noblesse en bénéficient. Parmi les souliers trouvés jusqu'à présent, il est possible de distinguer ceux de confection simple et ceux de confection plus recherchée. Les premiers s'attachent avec un lacet, une corde ou un ruban, les autres avec des boucles.

Stephen Davis de Parcs Canada, un spécialiste des costumes, apparats et accessoires de l'époque, souligne l'importance de la position du cuir du soulier. En effet, si le côté de la peau est à l'extérieur, cela signifie qu'on ne peut pas véritablement l'entretenir. Par contre, s'il est à l'intérieur, l'extérieur peut être entretenu, c'est-à-dire ciré au besoin. Il s'agit donc de deux pratiques qui correspondent vraisemblablement au statut social. Le paysan n'a pas besoin de souliers cirés, tandis que le noble, l'officier, et autres personnages importants, ont tout intérêt à entretenir leurs souliers et à les faire briller.

Davis souligne aussi que les souliers étaient recyclés régulièrement et que c'était la tâche du savetier, par opposition à celle du cordonnier qui fabriquait les chaussures. Les gens apportaient donc des chaussures usées au savetier qui les remodelait au pied du nouveau propriétaire. Certaines des chaussures examinées montrent des traces de ce type de recyclage.

La présence des chaussures dans les sites archéologiques n'est pas si rare qu'on le croirait, surtout si elles ont été traitées à l'époque. Le traitement consiste non seulement à enlever toutes les matières bactériennes, mais aussi à les enduire d'acide tannique. Ce procédé les rend à l'épreuve des intempéries jusqu'à un certain point... Il est toutefois inusité de voir autant de souliers dans un même site archéologique.

Enfin, semble-t-il, les miliciens ont probablement apporté avec eux plus d'une paire de souliers. Mesure de précaution intelligente, si l'on pense qu'ils ont vécu à bord du navire pendant une assez longue période, presque toujours en contact avec l'eau.

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