Je ne suis pas un pion !

Les découvertes effectuées sur le site de l'épave de l'anse aux Bouleaux (DiDt-8) continuent de nous étonner et nous amènent parfois à reconsidérer l'interprétation d'artefacts provenant d'autres sites archéologiques.

C'est le cas d'une cuillère en laiton qui a été prélevée à l'automne 1995 et qui a permis de faire la comparaison avec un autre artefact provenant de l'Habitation de Champlain, à la place Royale, dans le Vieux-Québec. La cuillère présente un manche dont l'extrémité se termine par un renflement plus ou moins conique. Commune au cours des XVIe et XVIIe siècles, les cuillères coulées de ce type, indifféremment en laiton ou en étain, offrent une extrémité en forme de sceau. Considérée isolément, cette extrémité ressemble à s'y méprendre à un pion d'échecs lorsqu'elle est inversée. Il semble donc qu'il y a eu méprise lors de l'interprétation d'un objet similaire recueilli au milieu des années 1970, lors des interventions archéologiques à Place-Royale.

Ce « faux » pion a été interprété comme tel dans deux publications de la Collection Patrimoines du ministère de la Culture et des Communications parues aux Publications du Québec, soit celle de 1985 intitulée L'Habitation de Champlain écrite par Françoise Niellon et Marcel Moussette et réalisée par Les Recherches Arkhis inc. (figure 90, numéro 6) et celle de 1990 intitulée Les jeux et les jouets de Place-Royale écrite par Katherine Tremblay et Louise Renaud et réalisée par le Groupe Harcart inc. (figure 21). Des ajustements seront donc apportés lors des prochaines éditions de ces ouvrages afin de tenir compte de cette nouvelle information. Il va sans dire que, malgré la nouvelle interprétation de l'artefact, ces deux ouvrages demeurent toujours d'intérêt et révèlent quantité d'informations archéologiques et historiques sur le berceau de la civilisation française en Amérique et sur les activités récréatives à Place-Royale.

Dorénavant, l'artefact qui a été exposé à maintes reprises et plus récemment au Musée canadien des Civilisations à Hull dans le cadre d'une exposition sur Champlain, ne sera plus jamais un pion, mais bien l'extrémité d'une cuillère.

Voici donc un autre élément d'intérêt qui permet d'entrevoir les nouvelles connaissances qui pourront découler de l'analyse de la collection d'objets associés au vaisseau de la flotte de Phips. Comme en témoigne l'étude de la cuillère, les comparaisons avec d'autres collections permettront, sans nul doute, de raffiner nos connaissances sur les sites archéologiques connus du XVIIe siècle, au Québec et ailleurs en Amérique du Nord.

Jérome-René Morisette, Centre de conservation du Québec


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