Le fichier électronique des artefacts
de l'anse aux Bouleaux

Pourquoi une banque de données ?

La raison d'être de la banque de données (BD) archéologique est de permettre un traitement systématique des données disponibles sur les objets afin de faciliter la gestion et l'analyse de la collection. La BD de l'anse aux Bouleaux permet principalement :

  1. de tenir un registre descriptif permanent, cumulatif et facile à consulter, de tous les artefacts et écofacts recueillis sur le site depuis le début de la fouille;
  2. d'assurer le lien entre les artefacts et les données archéologiques qui influencent leur signification (emplacement dans l'épave, provenance, lien avec d'autres artefacts);
  3. de faciliter l'accès aux documents satellites qui complètent la description et aident à la compréhension des objets : notes de fouille, dessins et plans, photos, bandes vidéo.

En somme, c'est à la fois un moyen de contrôle et la première étape de la recherche.

Occasionnellement, la BD  :

  1. sert de base à la gestion interne et externe et aux rapports statistiques;
  2. permet de vérifier l'intégrité de l'enregistrement des données sur les artefacts (par exemple : éviter les doublons, maintenir l'uniformité);
  3. facilite les relations avec les clients.

La boîte aux réponses

Une banque de données doit répondre aux questions de ses usagers, en particulier des archéologues et des chercheurs en culture matérielle. Par exemple, un archéologue veut connaître le nombre et la distribution des artefacts reliés à la préparation des repas, à l'armement et à l'habillement, pour tenter de déterminer dans quels quartiers du navire se concentraient ces activités. Ou bien, un gestionnaire doit savoir combien il y a d'objets de chaque type afin d'allouer les ressources pour la recherche et de déterminer les expertises qui seront nécessaires. Ou encore, un chercheur en culture matérielle doit réunir tous les fragments exhumés et catalogués séparément, et souvent à des moments différents, appartenant à un fusil en grande partie prisonnier d'une concrétion.

La seule constante est le changement

La recherche en culture matérielle à partir d'objets archéologiques n'est pas un processus linéaire, mais une suite d'ajustements, de retours en arrière, d'emprunts à d'autres sources d'information et de mises à jour. Au moment de la fouille, les données enregistrées sont en bonne partie incomplètes et inexactes; c'est normal, car on ne sait pas tout d'entrée de jeu. Au cours d'une campagne de fouille, et bien longtemps après, on change souvent d'idée : on ajoute, on enlève, on précise et on ajuste les données. Dans le feu de l'action, on ne pense pas à tout et on peut se tromper. Là-dessus, Phips lui-même ne pourrait qu'être d'accord.

De plus, l'impossibilité de bien connaître et de manipuler à volonté les objets prisonniers des concrétions, les matériaux dégradés par les conditions sous-marines et les objets composites, mais surtout notre ignorance de la culture matérielle de la fin du 17e siècle (1690) ajoutent à la difficulté de les décrire exactement et du premier jet. On corrigera ces erreurs et omissions à l'occasion de plusieurs mises à jour systématiques. Peu à peu, les artefacts mal identifiés seront correctement décrits par les spécialistes en culture matérielle. Au début, embryonnaire et pleine d'inexactitudes et d'omissions, la BD deviendra progressivement un corpus intégré de données fiables, reflétant fidèlement le contenu du site.

Enfin, la collection s'agrandit à mesure que de nouveaux objets sont retirés des concrétions. Ils doivent alors être numérotés et catalogués comme tous les autres : la BD doit refléter ces changements. À cela s'ajoute la difficulté de suivre l'évolution de cette collection, qui non seulement n'est pas entreposée là où se fait la recherche, mais qui, pour des impératifs de conservation et de restauration, a été confiée aux soins de deux institutions assez éloignées l'une de l'autre.

Uniformiser pour régner...

Lorsqu'il faut saisir un grand nombre de données brutes, les modifier fréquemment et en tirer l'information nécessaire pour assurer la conduite d'un programme de recherche, il vaut mieux uniformiser le vocabulaire et la structure de saisie. L'uniformisation assure à la fois la précision et l'intégrité des données, qui sont plus faciles à saisir, à vérifier, à classifier, à mettre à jour et à synthétiser.

Les logiciels modernes de fichiers électroniques, tels que Microsoft Access version 7.0 que nous utilisons, permettent de traiter rapidement beaucoup de données et offrent beaucoup de souplesse. Il s'agit d'une banque de données dite " relationnelle " qui permet de structurer les données, mais dont on peut facilement adapter et transformer la structure selon les besoins.

Un peu de grammaire

Presque tous les fichiers ou banques de données électroniques sont composés de fiches qui contiennent des " champs ". Chaque objet, groupe d'objets ou de fragments, considéré comme unité de saisie, possède sa fiche. Sur cette fiche, les champs, où sont inscrites les données, sont des mots, lignes, ou groupes de lignes, valeurs numériques, qui décrivent généralement une seule caractéristique de l'objet (nom, numéro d'identification, dimensions, etc.). L'ensemble des champs contient donc toutes les données relatives à un artefact et constitue la " fiche d'objet ". La fiche complétée est l'unité première.

Notre banque de données, BOULEAUX.MDB, décrit tous les objets ou groupes d'objets prélevés dans l'épave, mentionne, s'il y a lieu, les liens (composition, proximité) qu'ils ont entre eux et situe chacun dans la grille de fouille. Tous les artefacts et écofacts (groupes, objets ou fragments) sont fichés en remplissant une vingtaine de " champs " que l'on peut ranger en quatre catégories :

  1. les champs descriptifs. Ils fournissent une description succincte des objets : nom, dimensions, quantités d'objets et de fragments, description, condition, inscriptions et marques;
  2. les champs classificatoires. Ils tentent de classer les objets selon leur usage, leur fonction et leur composition : activité, type, matériel;
  3. les champs relationnels. Ils assurent le maintien de la relation spatiale entre les objets et leur provenance dans la grille de fouille; entre deux ou plusieurs artefacts dont la proximité laisse penser qu'ils ont été utilisés ensemble, en même temps, dans le même but ou pour la même activité ou dans un même endroit du navire (ex. le four de bord et une marmite tripode); entre différentes composantes d'un même objet; et enfin, entre les objets et les documents satellites. Ils comprennent le numéro de provenance, les références aux notes de fouille, les associations, les composantes, les références aux dessins, photos et bandes vidéo;
  4. les champs de contrôle. Ils sont utiles surtout pour la gestion : date, matricule du fouilleur, prélevé : oui-non.

Exemples de fiches tirées de la banque de données et de la liste des valeurs.

fiche.pdf

Gérard Gusset

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